Archive for the ‘Manipulations et désinformations’ Category

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L’influence des think tanks

11 avril 2012

une vision tronquée du monde par les think tanks inlfuents
Les think tanks sont des laboratoires d’idées. Considérés comme des sources d’expertise fiable et sans esprit partisan, ils sont les instruments d’une stratégie subtile de communication d’influence.

Une influence réussie sur le monde politico-médiatique

Tous les élément-clés de l’influence y sont : l’autorité, la confiance et la notoriété. Les politiciens les citent très souvent en référence pour donner de la légitimité à leurs propos. Les médias aussi. Ils font référence. Les partis politiques sont très réceptifs à leurs idées.

Roger Lenglet et Olivier Vilain, auteurs de « Un pouvoir sous influence », prennent comme critère d’influence, le nombre de fois où les think tanks sont cités par les Parlementaires et dans les médias: les plus influents en France seraient Terra Nova, l’Institut Montaigne et l’AFEP.

Une fausse expertise qui se fait passer pour une vraie

Ils sont financés par des multinationales. Comme on ne mord pas la main qui nous nourrit, ils ne peuvent pas produire des études vraiment indépendantes.

D’après Roger Lenglet et Olivier Vilain, leurs analyses sont superficielles et médiocres. Les membres des think tanks sont tous issus de formations prestigieuses: professeurs des Universités, enseignants des Grandes Ecoles, chercheurs… Les sujets abordés sont d’une telle complexité que très peu de journalistes vérifient la qualité de leurs analyses (par manque de temps, ou par révérence).

La fabrique des faux clivages, des fausses évidences et des tabous

Les thèses défendues par de véritables experts qui ont prouvé leur clairvoyance ne font l’objet de débats que sur le Web et sont tout simplement passées sous silence par les think tanks les plus influents.

Bizarrement tous les think tanks dits influents, qu’ils soient de droite ou de gauche, considèrent la nécessité de diminuer les dépenses publiques comme une évidence indiscutable. Ils rejettent tous l’idée d’un protectionnisme, l’assimilant à de l’isolationnisme. Quant à l’interdiction de certains produits financiers spéculatifs et dangereux, cette idée-là est tout simplement un tabou…

On ne s’en étonnera pas quand on sait que 40% de leur financement provient des banques et des assureurs… Le reste des financements provient d’autres multinationales qui ont largement profité de la mondialisation…

Nous avons là le parfait exemple d’une stratégie subtile d’encadrement de l’opinion en vue de protéger des intérêts particuliers. Cependant cette stratégie a ses limites…

Les limites de leur influence

A quoi sert-il d’influencer des médias qui n’ont plus de prise sur la population ?

Les médias grand public ne reflètent plus l’opinion publique. On le sait depuis le référendum de 2005. Alors que les grands médias étaient unanimement favorables au nouveau Traité, 54% des Français ont voté contre.

Malgré leur omniprésence dans les médias dominants, la vision du monde qu’ils s’efforcent de faire adopter, ne rencontre pas l’adhésion de la population française. Leur action est-elle trop récente pour porter ses fruits ? Ou s’agit-il d’une résistance plus profonde ?

Quand l’influence se heurte à la réalité

L’influence ne modifie pas la perception du réel. Elle peut amener un groupe à accepter cette réalité, à s’y conformer, s’y adapter ou à s’y résigner. Autrement dit, la population sent confusément qu’un faux choix électoral lui est proposé.

La réussite de cette stratégie est d’insuffler dans l’esprit de la population un sentiment d’impuissance, de peur et/ou de résignation. Mais parfois des soubresauts de colère peuvent éclater… de manière totalement imprévisible, et faire exploser toutes les peurs et les inhibitions.

A lire aussi cet article très complet:
L’influence des think tanks
« Un pouvoir sous influence » de Roger Lenglet et Olivier Vilain, Editions Armand Colin
Et aussi: Think Tank et influence de François Bernard Huyghe

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Prix littéraires: influence ou manipulation (1/2)

25 octobre 2010

La saison des prix littéraires va commencer. L’occasion de faire le point sur une comédie qui sert à booster les ventes. On comprend que s’il existe des différences fondamentales entre l’influence et la manipulation, les mécanismes sont très proches…

La différence entre influence et manipulation

influence et manipulation prix littérairesIl y a manipulation lorsqu’il y a tromperie, désinformation, biais cognitif, fausse rhétorique. Les influenceurs d’un marché produisent un discours orienté mais crédible, autrement dit, cela n’a pas l’objectivité d’un discours scientifique, mais ce n’est ni erroné, ni mensonger. Il n’y a ni tromperie, ni désinformation.
On parle alors d’influence et non de manipulation. Par exemple, les experts en grands crus, les critiques d’art, les critiques littéraires etc… Par contre, si ces influenceurs font l’apologie d’une marque moyennant une rémunération occulte, alors il y a tromperie et donc manipulation.

Des manipulations qui ont l’apparence de la respectabilité

tractations prix littérairesBiais cognitifs: le choix des jurys littéraires n’est pas sincère, il est le fruit de marchandages et d’accords entre éditeurs, de trocs de voix. On peut parler de tromperie et d’ententes illicites. Il y a bel et bien manipulation. Mais tout cela reste difficile à prouver…

influence sur les ventes de livresFausses rhétoriques: au nom de la défense de la culture, sacro-saint tabou de notre société, les médias passent sous silence les hypocrisies de ce système. Certains sont suffisamment habiles pour faire croire que notre culture est en danger et que ce système est indispensable à sa sauvegarde. Ils se font passer pour les défenseurs d’une culture qui n’a en fait pas besoin d’eux. Leur but véritable étant de défendre leurs intérêts strictement financiers.

Les mécanismes de la manipulation

1. Se servir des croyances collectives fortement ancrées
Beaucoup font confiance aux prix littéraires. Pour eux, les professionnels, sincèrement animés par l’amour de la littérature, sont les meilleurs juges. Les jurys littéraires, censés être passionnés et intègres, défendraient les œuvres qu’ils aiment et seraient les garants de la qualité littéraire.

2. Autorité symbolique et notoriété
Les médias confortent et partagent cette représentation mentale. Chaque année, ils annoncent les prix littéraires comme s’il s’agissait d’événements historiques ! Les journalistes leur accordent un prestige et une notoriété disproportionnés. Ils font d’eux des autorités symboliques, qui servent de repères collectifs et rassurent le lecteur dérouté par une trop grande profusion éditoriale. Ils renforcent ainsi la confiance collective dans ce marché. Cette alliance éditeurs/médias donne le LA de la création littéraire et impose sa vision du monde. Les prix littéraires influencent la vision que les gens se font de la qualité littéraire. C’est une machine à fabriquer le bon goût conformiste : ce qu’il est de bon ton d’acheter ou de dédaigner.

Plutôt que d’avertir le public, les médias préfèrent le faire rêver. La confiance dans ce système reste la clé de voûte de la prospérité du marché. Le soutien des croyances collectives en est le rouage fondamental. The show must go on !

Sources:
Lucien Karpick: Le marché des singularités, Gallimard
Frédéric Martel: Mainstream, Flammarion
Un article très intéressant sur les prix littéraires truqués
Un autre article édifiant: l’interview de Bernard Werber sur le système…
La suite: Edition: du marketing à l’influence (2/2)

A lire aussi: tous les articles de ce blog sur le mécanisme de l’influence
Influence et confiance (1/4)
Influence et autorité (2/4)
Influence et croyances collectives (3/4)
Influence et suivisme moutonnier (4/4)
Mécanisme de l’influence, synthèse

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