Archive for the ‘Influence et pouvoir’ Category

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Une insurrection populaire, pour quoi faire ?

28 août 2012

Sur les réseaux sociaux, ils sont nombreux à appeler de leurs voeux une insurrection populaire. Partout dans le monde, des manifestations apparaissent. Les 99%, les indignés en Espagne, les révoltes au Bahreïn, au Yémen, en Russie, en Chine etc… Mais la colère des peuples qui gronde est-elle une bonne conseillère ?

L’insurrection populaire, un mythe vide de sens

Le mythe de la violence entretenu depuis plus de 200 ans…
La Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen stipule: « Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est pour le peuple, et pour chaque portion du peuple le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs ».

Une vision simpliste et guerrière…
Comme si la tyrannie portait des uniformes et des bottes… Comme si les rapports de domination étaient visibles et faciles à décrypter… Cet article 35 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen est bien naïf ! Comme si le peuple ne se trompait jamais de cible, comme s’il n’était jamais manipulé…

Un pays où la violence est institutionnalisée, sacrée…
Rappelons que le pouvoir conquis par la violence ne peut s’exercer que par la violence… et donc sans légitimité. Gandhi et Martin Luther-King nous ont montré que la violence ôte à celui qui en fait l’usage, toute légitimité. La violence n’est jamais une solution.
Voir l’article: L’influence, qu’est-ce que c’est ?

Un mythe qui nous aveugle
Ce mythe hante encore notre imaginaire collectif. Il nous paralyse et nous aliène. Car il occulte les véritables leviers de changement.
Pour plus de détails : Notre imaginaire collectif et la Révolution de 1789

Un mythe qui se nourrit de sa propre violence
Tel un ogre qui a toujours faim, le mythe se nourrit des conflits et des guerres qu’il rend sacrées. Après l’insurrection, les vainqueurs refont l’Histoire et glorifient leurs faits d’arme. C’est ainsi que l’Histoire se construit et que le mythe glouton retrouve une force renouvelée.

Un scénario de rébellion contre les banques ?

Si, comme je l’envisage dans La guerre des oligarchies (3/3), les multinationales technologiques évincent et remplacent les banques, nous nous trouverons dans le même schéma que celui de la Révolution de 1789 : les bourgeois qui détenaient le pouvoir réel, par leur main mise sur l’économie et l’administration ont soutenu les révoltes populaires et de ce fait, ont évincé la noblesse.

Pour le scénario que j’envisage, il est possible que le complexe militaro-industriel soutienne des mouvements populaires, tournés contre les banques (qui sont d’ores et déjà détestées par l’opinion publique) afin d’obtenir leur licence bancaire et peut-être des droits élargis…

Alors si vous rêvez d’une grande insurrection et de ses mythes glorificateurs, vous allez être contents. Soutenus par l’armée et l’industrie de l’armement, vous aurez toutes les chances d’être du côté des vainqueurs. Vous pourrez vous prendre pour un héros et dire à vos enfants: « J’y étais… »

Si vous rêvez d’une émancipation réelle, vous allez être déçus, car c’est bien vers un nouveau totalitarisme que nous nous dirigeons. Les banques seront remplacées par de nouvelles banques appartenant prioritairement aux industriels de l’armement. C’est un pas de plus vers un régime totalitaire qui se fait appeler démocratie, c’est-à-dire une concentration accrue des pouvoirs dans les mains d’une oligarchie encore plus restreinte.

Vous avez dit « révolution » ?

Je ne crois pas aux révolutions politiques qui sont de vastes champs de manipulation des représentations. Les révolutions politiques, comme celles de 1789 et les autres qui ont suivi, n’ont jamais changé le sort des peuples, et lorsqu’elles ont apporté du changement, c’était pour le pire: plus de misère et moins de libertés.

Les véritables révolutions ont lieu sous nos yeux, sans fureur ni fracas. Je crois aux révolutions silencieuses, celles qui changent vraiment le monde.

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La guerre des oligarchies (3/3)

18 août 2012

Porte de coffre-fort

Les banques sont au bord de la faillite et les multinationales technologiques envisagent de mettre à l’abri leurs excédents de trésorerie. Une lutte sourde s’engage entre les oligarchies bancaires et non bancaires…

Le pouvoir des multinationales technologiques

La montée en puissance des nouveaux géants
C’est la même logique néolibérale qui a favorisé la montée en puissance des multinationales non bancaires, qui a détruit les banques (leur pouvoir réel et leur légitimité aux yeux du public) et fragilisé les états.

L’avance technologique
Les profits engrangés par les multinationales furent distribués aux actionnaires mais aussi réinvestis dans la construction d’une expertise technologique qui constitue l’essence du pouvoir réel.

Un atout géopolitique pour les états
Un état ne peut espérer peser significativement sur l’échiquier géopolitique sans la technologie des grands consortiums. Les états ne sont plus en mesure de mener leur propre recherche. Le foisonnement des avancées et des ruptures technologiques est tel qu’il est difficile, même pour une superpuissance, de rester à la pointe.

Un partenariat s’est donc érigé entre les multinationales et les états, à commencer par les complexes militaro-industriels qui forment la pierre angulaire de la puissance géopolitique des états. Il s’agit bien d’une forme de pouvoir, sans légitimité démocratique certes, mais bien réel.

Inquiétude des oligarchies non bancaires

Elles s’inquiètent à juste titre des conséquences macroéconomiques de cette crise. Pour 2 raisons :

  • Elles ont déposé des milliards auprès des banques et des filiales de celles-ci dans les paradis fiscaux. La défiance (régnant parmi les banques qui ne veulent plus se prêter entre elles) s’étend au reste de l’économie.
  • Leurs clients sont les états (qui leur commandent des infrastructures, de l’armement…) ou les consommateurs. Elles craignent les politiques d’austérité et de désendettement des états qui nuisent à leur business (réductions budgétaires ou baisse du pouvoir d’achat). Les craintes sont d’autant plus fortes que du côté des marchés émergents, les perspectives sont mauvaises.

Les états sont confrontés à des équations insolubles : renflouer les banques et se désendetter, ce qui est impossible, puisque les mesures d’austérité aboutissent au résultat inverse. A voir la violence avec laquelle de simples manifestations pacifiques sont réprimées (en Espagne et au Canada notamment), on peut s’attendre à des répressions sanglantes face au mécontentement populaire.

violence policière lors des manifestations en Espagne

Offensive contre les banques, les prémices

La complicité entre les multinationales bancaires et non bancaires risque de se transformer en une guerre d’élimination de l’un par l’autre.

  • Elles demandent des licences bancaires
    Les multinationales non bancaires se préparent des canoës de sauvetage au cas où le bateau coulerait. Depuis juin dernier, EADS envisage de demander une licence bancaire à l’état. Cette multinationale souhaite mettre ses excédents de trésorerie à l’abri de la tempête qui s’annonce et aussi emprunter auprès de la banque centrale à des taux plus avantageux. D’autres groupes très puissants l’ont déjà, comme Siemens, Daimler et Volkswagen par exemple.
  • Offensive médiatique contre les banques
    Si aujourd’hui les médias anglo-saxons s’en prennent aux banques dans un déferlement de colère, ce n’est pas un hasard. Le scandale du Libor éclate seulement maintenant alors que les faits ont été découverts il y a 4 ans. C’est un signe.

C’est le signal lancé par les grandes entreprises de l’économie réelle aux dirigeants politiques. Les multinationales non bancaires font comprendre par ce biais (et par d’autres moyens de pression…) qu’il est temps de laisser tomber les banques.

Le scénario possible

  1. La pression médiatique va s’accentuer surtout sur les dirigeants politiques qui couvrent les banques. Pour éviter le discrédit et la déroute électorale, les politiciens finiront par céder à cette pression. Si la licence bancaire s’étend à toutes les multinationales, c’est le coup de grâce pour les banques.
  2. Dans un 1er temps, les politiciens accorderont des licences bancaires à toutes les sociétés du complexe militaro-industriel ce qui leur permet de se maintenir au top niveau des avancées technologiques. N’oublions pas que le complexe militaro-industriel est le premier pilier géostratégique des états. Puis ils accorderont des licences bancaires à toutes les sociétés disposant d’un cash suffisant pour servir de garantie financière.
  3. Dans cette bataille, les banques seront tentées d’organiser des fuites dans la presse sur ce qu’elles savent des opérations occultes via les paradis fiscaux dans lesquelles certains politiciens auront trempé. Le public assistera, dégoûté, à un étrange déballage de scandales.
  4. Dans les pays où les dépôts des particuliers sont garantis par l’état, la question se posera de savoir si les nouvelles banques (c’est ainsi qu’on les appellera) seront des banques de dépôt ouvertes aux particuliers. Le complexe militaro-industriel y sera favorable parce que, en cas de faillite bancaire systémique, cette garantie des dépôts représenterait un coût exorbitant pour l’état. Si l’état peut inciter le plus grand nombre de personnes à déposer leur argent vers une banque nouvellement créée par ces multinationales pleines de cash, c’est une bonne affaire pour lui.
  5. Les industries liées à Internet sont déjà en train de concevoir des téléphones portables qui serviront de moyens de paiement et remplaceront la carte bancaire. Il sera donc logique que ces groupes deviennent à leur tour des banques : Google, Apple, Facebook, Amazon, Samsung et d’autres… Les particuliers iront ouvrir des comptes chez l’Oréal ou Dassault…

Cela résoudra-t-il les problèmes économiques actuels ? Non. La spéculation et l’accumulation des capitaux sans redistribution par l’impôt s’accentueront. Plus grave, l’opacité financière augmentera.

Cet article s’inscrit dans une démarche prospective et d’anticipation.
Qu’en pensez-vous ?
Avez-vous des contre-arguments, des objections ?
Y-a-t-il des aspects du problème qui auraient échappé à mon observation ?
N’hésitez pas à donner vos avis dans les commentaires !

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