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La puissance réelle des états

19 mars 2014

Jean-François GayraudTraditionnellement, on distingue 3 pôles de puissance d’un état-nation : l’armée, la technologie et la finance.

Des institutions financières devenues criminelles

  • Complicité de blanchiment d’argent sale :

    Jean-François Gayraud, haut fonctionnaire de la police nationale, spécialiste de la criminalité financière, auteur du « Nouveau Capitalisme Criminel » déclare ceci :

    « Il faut sortir de cette image d’Epinal, où seules des banques dites « rogue », les banques voyous du tiers monde ou des pays du sud seraient les seules coupables et responsables de complicité de blanchiment d’argent. De très grandes banques, très respectables, très connues s’en rendent complices de fait au niveau macro-économique. »

    « Les masses financières dégagées par le crime organisé dans le monde moderne sont si importantes (au minimum de 1600 milliards de dollars par an), qu’elles ne peuvent pas être absorbées par l’économie réelle. Il faut des institutions financières qui soient complices. C’est mécanique, c’est inéluctable. « 

  • Le Trading Haute Fréquence, un crime parfait :

    Voici ce que Jean-François Gayraud en dit : « C’est la principale technique de fonctionnement des marchés financiers depuis maintenant 15 ans. Dans une échelle de temps de l’ordre de la nanoseconde, grâce à des algorithmes de plus en plus intelligents, il est possible de passer des milliers d’ordres de bourse. » « Le Trading Haute Fréquence permet aux opérateurs de lire le journal du lendemain: ils ont toujours un coup d’avance. C’est un délit d’initié institutionnalisé. »

    Cette technique rend les régulateurs nationaux incapables de contrôler des flux trop rapides et trop nombreux. « Lorsque vous combinez la très grande vitesse et les très grands volumes, ces fraudes deviennent invisibles. D’un point de vue intellectuel, il est compliqué de définir ces fraudes en tant que telles. D’un point de vue matériel, il est très difficile de les détecter car il y a une course aux très hautes technologies entre des régulateurs nationaux d’une part, et d’autre part les acteurs financiers qui auront toujours un coup d’avance, la meilleure technologie et plus de moyens, surtout en période de crise budgétaire. »

  • Manipulation des marchés :

    « Grâce au Trading Haute Fréquence, les acteurs financiers développent des techniques de fraudes qui consistent à tromper les marchés et à prendre des positions indues » poursuit Jean-François Gayraud. « On fait des marchés des prophéties auto réalisatrices parce qu’on les oriente dans le sens que l’on souhaite. »

    Les institutions financières manipulent les cours de l’or, des devises, le taux du Libor… Elles créent artificiellement des bulles immobilières, boursières. Les escroqueries comme celle de la banque Dexia vis-à-vis des collectivités locales reste impunie à ce jour, de même que la spéculation sur les matières premières ayant provoqué des émeutes de la faim en 2007…

  • Organisation d’un monde off-shore :

    Les banques soustraient aux états des revenus fiscaux substantiels en organisant la migration de capitaux vers des états dits non coopératifs (paradis fiscaux) où le secret bancaire reste bien gardé et où elles ont créé des milliers de filiales.

    Certes, les États-Unis ont récemment mené une politique plus sévère à l’égard des exilés fiscaux et ont forcé la Suisse à coopérer. En Europe également, certains pays ont renoncé à leur secret bancaire. Mais il reste encore possible, via les institutions bancaires, et avec leur complicité, d’échapper à tout contrôle. Les restrictions imposées visent seulement les classes supérieures, pas les super-riches, ni les sociétés transnationales.

    Ce que dit Jean-François Gayraud :
    « Une partie de la haute finance internationale, certaines très grandes banques, certains fonds d’investissement, etc… vivent hors sol. Ils sont en train de s’affranchir de la souveraineté des états. Ce sont de vraies puissances, qui, dans les faits, ne rendent plus compte aux états. Vous voyez très bien qu’aucune banque, aucun grand acteur financier n’a été puni dans l’affaire des subprimes. Ces institutions prétendument « too big too fail », qu’il faut sauver à tout prix parce que si elles tombent, elles font courir un risque systémique, sont au-delà de la responsabilité pénale, que ce soit la responsabilité de la personne morale ou de leurs dirigeants. C’est un vrai problème démocratique. Ces puissances financières qui viennent contrebalancer la puissance des états et donc la souveraineté des peuples, nous projette dans un âge post-démocratique.

Vidéo de l’interview de Jean-François Gayraud par Laurent Faibis sur Xerfi|Canal

Voir la vidéo de France 24 :

Nos systèmes de représentation sont obsolètes

Dans la représentation traditionnelle, l’état est le garant du droit. Ses fonctions régaliennes (justice, police, armée et monnaie) assurent un espace où les lois sont appliquées et respectées. Pour éviter tout abus ou tout dévoiement, on assure la séparation des pouvoirs: le législatif, l’exécutif et le judiciaire. L’équilibre et la surveillance mutuelle sont censées protéger les citoyens de l’arbitraire et des abus.

Au plan géopolitique, l’état chapeaute les différents pôles de puissance qui sont à son service : l’armée (qu’il finance), l’industrie de l’armement (qu’il finance), les institutions financières (qu’il régule), la monnaie (par la politique monétaire qu’il choisit de mener).

Mais aujourd’hui, cette réalité a volé en éclats. Les pôles de puissance ne sont plus les instruments de l’état. C’est l’état qui est devenu leur instrument…

Une constellation de puissances réelles et d’états faibles

Les bien-pensants s’imaginent qu’un état faible est un progrès démocratique. Ils se fourvoient. Ils ont encore dans leur esprit les tristes souvenirs des états fascistes ou staliniens, perçus à tort, comme plus forts que des états démocratiques. Ils s’imaginent que la force d’un état provient d’un discours musclé, d’une attitude martiale et d’un autoritarisme affiché. De là à croire qu’il suffise qu’un état soit faible pour que la démocratie progresse, beaucoup ont franchi le pas…

Il est plus qu’urgent de rappeler que la séparation des pouvoirs ne suffit pas à elle seule à garantir la démocratie. Il faut que l’état soit capable de mettre à son service les pôles de puissance ci-dessus mentionnés. Sans cela, ce sont ces pôles de puissance qui prennent le dessus, et c’est le règne des oligarques.

Les médias occidentaux décrient les oligarques russes, tout en maintenant l’illusion d’une véritable démocratie dans nos contrées, alors que c’est exactement le même schéma qui est à l’oeuvre en Occident…

Les multinationales donnent leurs ordres aux états

On remarque une consanguinité, une collusion omniprésente entre les dirigeants des sociétés de l’industrie bancaire et de l’armement d’une part, et le monde politique d’autre part. Ceux-là occupent des postes de ministres ou de secrétaires d’état dans les gouvernements ou de hauts fonctionnaires. On peut aussi signaler le phénomène des « revolving doors » (portes tournantes) qui consiste à octroyer un poste hautement rémunéré dans une entreprise privée à un politicien qui n’a plus de mandat électif mais qui a rendu des services appréciables alors qu’il était aux manettes. Enfin, on sait par qui sont financées les campagnes électorales… Pas besoin de vous faire un dessin…

Comment se fait-il que les états tolèrent des pratiques bancaires qui visent à les priver de leurs revenus fiscaux ? Je pense notamment à l’organisation de la fraude fiscale par les banques elles-mêmes… Tout simplement parce que ceux qui sont à la tête de ces états ne travaillent pas à la défense des intérêts de ces états mais des sociétés transnationales qui ont intérêt à payer le moins possible d’impôts. C’est elles qui ont le pouvoir réel.

D’ailleurs les agences américaines de renseignement qui sont au nombre de 14 (il n’y a pas que la NSA) servent des intérêts économiques puissants, même si ces pôles de puissance font preuve d’un manque évident de patriotisme fiscal, ce qui ne gène personne.

A cela, on pourrait rétorquer que ces pôles de puissance (entreprises de hautes technologie) servent la puissance américaine. Mais sous ce terme, se cache en fait la puissance réelle des oligarchies qui ne sont au service que d’elles-mêmes. C’est toute l’ambiguïté du langage.

Il est temps de se poser une question fondamentale : les intérêts d’une nation correspondent-ils vraiment à ceux des oligarchies qui les gouvernent ?

Quant aux banques, même si leur influence est en perte de vitesse (voir l’article Influence des banques: l’effondrement) elles ont réussi à torpiller toutes les tentatives de réformes du secteur bancaire alors même que celles-ci faisaient consensus parmi les experts les plus reconnus. Comme toutes les transactions glauques (qu’il s’agisse des financements occultes de la CIA par l’argent de la drogue, ou d’un politicien ripou qui veut échapper au fisc) passent par elles, elles en savent trop sur tout le monde. Elles ont des dossiers, comme on dit…

On sait aussi que des officines américaines ont organisé des coups d’état ou des guerres civiles dans des pays étrangers, dans le simple but de donner à leurs multinationales l’accès à des marchés qui leur étaient fermés.

Enfin, la dernière offensive en date, c’est le fameux traité transatlantique, négocié dans le plus grand secret, à l’insu des peuples, qui vise à octroyer à des sociétés (des personnes morales) le droit de poursuivre en justice des états qui refuseraient de leur donner satisfaction, ne serait-ce que pour défendre et protéger la santé de leurs citoyens… Comment des élus peuvent-ils accepter que de telles clauses fassent partie du champ de la négociation ?

Retenons bien les mutations que nous vivons :

  • Un état faible ne rime pas avec démocratie mais avec le règne des oligarques
  • Les pôles de puissance ne sont plus au service des états. C’est l’inverse. Nous arrivons dans un monde non démocratique où les oligarchies se serviront des états pour réprimer tout ce qui est contraire à leurs intérêts.
  • Si nous voulons comprendre le chaos international dans lequel nous vivons, ne serait-ce que quelques bribes…, nous devons garder à l’esprit les rapports de force qui sont à l’œuvre entre des oligarchies qui ne parviennent même plus à se dissimuler derrière un semblant d’idéologie.
  • Je note que ces oligarchies ont pour obsession le contrôle, c’est-à-dire le pouvoir (selon l’idée qu’elles s’en font) : le contrôle du vivant, le contrôle des consciences et de l’information, le contrôle des données (le fameux Big Data). Elles n’ont pas compris que notre univers repose sur un principe fondamental: l’équilibre. Les stratégies de concentration monopolistique ne peuvent s’accommoder de ce principe universel de l’équilibre et leur volonté de contrôle se heurte immanquablement à la complexité des mondes, que nous commençons à peine à entrevoir. Toute stratégie ignorant le réel et sa complexité est vouée à l’échec.

Derrière une apparente apathie des opinions publiques, les consciences s’éveillent. Des contre-pouvoirs s’organisent et des contre-sociétés émergent, lentement mais sûrement. Ils sont l’ébauche d’un monde nouveau. Et ils sont la conséquence directe de la démission des états.

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One comment

  1. « Derrière une apparente apathie des opinions publiques, les consciences s’éveillent. Des contre-pouvoirs s’organisent et des contre-sociétés émergent, lentement mais sûrement. Ils sont l’ébauche d’un monde nouveau. Et ils sont la conséquence directe de la démission des états. »
    Si l’attraction idéologique du néolibéralisme est en perte de vitesse, deux attracteurs montent en puissance. Un attracteur sombre, une étoile brune qui a l’intention de redonner du poids à l’état et une nuée d’étoiles localistes peu visibles et peu aptes à créer une force politique tant elle est sous l’influence du mythe de l’absence de structure (tyranny of structurelessness).
    http://solidariteliberale.hautetfort.com/archive/2016/01/06/du-mouvement-des-planetes-politiques-5740769.html
    Est-ce que cette mouvance de gauche libertaire née de la révolution pourrait tirer profit d’adopter et de domestiquer l’intelligence collective? C’est ce que je crois et pourquoi je milite.



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