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Une insurrection populaire, pour quoi faire ?

28 août 2012

Sur les réseaux sociaux, ils sont nombreux à appeler de leurs voeux une insurrection populaire. Partout dans le monde, des manifestations apparaissent. Les 99%, les indignés en Espagne, les révoltes au Bahreïn, au Yémen, en Russie, en Chine etc… Mais la colère des peuples qui gronde est-elle une bonne conseillère ?

L’insurrection populaire, un mythe vide de sens

Le mythe de la violence entretenu depuis plus de 200 ans…
La Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen stipule: « Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est pour le peuple, et pour chaque portion du peuple le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs ».

Une vision simpliste et guerrière…
Comme si la tyrannie portait des uniformes et des bottes… Comme si les rapports de domination étaient visibles et faciles à décrypter… Cet article 35 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen est bien naïf ! Comme si le peuple ne se trompait jamais de cible, comme s’il n’était jamais manipulé…

Un pays où la violence est institutionnalisée, sacrée…
Rappelons que le pouvoir conquis par la violence ne peut s’exercer que par la violence… et donc sans légitimité. Gandhi et Martin Luther-King nous ont montré que la violence ôte à celui qui en fait l’usage, toute légitimité. La violence n’est jamais une solution.
Voir l’article: L’influence, qu’est-ce que c’est ?

Un mythe qui nous aveugle
Ce mythe hante encore notre imaginaire collectif. Il nous paralyse et nous aliène. Car il occulte les véritables leviers de changement.
Pour plus de détails : Notre imaginaire collectif et la Révolution de 1789

Un mythe qui se nourrit de sa propre violence
Tel un ogre qui a toujours faim, le mythe se nourrit des conflits et des guerres qu’il rend sacrées. Après l’insurrection, les vainqueurs refont l’Histoire et glorifient leurs faits d’arme. C’est ainsi que l’Histoire se construit et que le mythe glouton retrouve une force renouvelée.

Un scénario de rébellion contre les banques ?

Si, comme je l’envisage dans La guerre des oligarchies (3/3), les multinationales technologiques évincent et remplacent les banques, nous nous trouverons dans le même schéma que celui de la Révolution de 1789 : les bourgeois qui détenaient le pouvoir réel, par leur main mise sur l’économie et l’administration ont soutenu les révoltes populaires et de ce fait, ont évincé la noblesse.

Pour le scénario que j’envisage, il est possible que le complexe militaro-industriel soutienne des mouvements populaires, tournés contre les banques (qui sont d’ores et déjà détestées par l’opinion publique) afin d’obtenir leur licence bancaire et peut-être des droits élargis…

Alors si vous rêvez d’une grande insurrection et de ses mythes glorificateurs, vous allez être contents. Soutenus par l’armée et l’industrie de l’armement, vous aurez toutes les chances d’être du côté des vainqueurs. Vous pourrez vous prendre pour un héros et dire à vos enfants: « J’y étais… »

Si vous rêvez d’une émancipation réelle, vous allez être déçus, car c’est bien vers un nouveau totalitarisme que nous nous dirigeons. Les banques seront remplacées par de nouvelles banques appartenant prioritairement aux industriels de l’armement. C’est un pas de plus vers un régime totalitaire qui se fait appeler démocratie, c’est-à-dire une concentration accrue des pouvoirs dans les mains d’une oligarchie encore plus restreinte.

Vous avez dit « révolution » ?

Je ne crois pas aux révolutions politiques qui sont de vastes champs de manipulation des représentations. Les révolutions politiques, comme celles de 1789 et les autres qui ont suivi, n’ont jamais changé le sort des peuples, et lorsqu’elles ont apporté du changement, c’était pour le pire: plus de misère et moins de libertés.

Les véritables révolutions ont lieu sous nos yeux, sans fureur ni fracas. Je crois aux révolutions silencieuses, celles qui changent vraiment le monde.

15 commentaires

  1. Intéressant mais quelque chose cloche dans le raisonnement, me semble-t-il. Si les bourgeois détenaient déjà le pouvoir réel en 1789, pourquoi faire appel à des révoltes populaires? Surtout avec le risque que ça tourne mal pour les intérêts de la bourgeoisie (cf la Terreur). Ne serait-ce pas plutôt que les bourgeois avaient la main-mise sur l’économie et l’administration mais ne détenaient pour autant pas le pouvoir réel car celui-ci n’était ni dans l’économie ni dans l’administration?
    Ce qui m’amène au second point de critique du raisonnement: « Les banques seront remplacées par de nouvelles banques ». Si c’est une révolution, autre chose que des banques remplaceront les banques. En 1789, les banques ont remplacé l’armée et les bourgeois la noblesse. Si une armée avait remplacé une armée, ce n’était pas une révolution, mais un simple changement de gouvernement.

    Par ailleurs, je préfère en tant que gueux ma situation d’après la révolution. Et de loin. Je trouve choquant que l’on puisse dire que la révolution française n’a pas amélioré notre sort (« plus de misère et moins de libertés », fallait oser). Si vous êtes noble, je comprends. Sinon, je ne comprends pas du tout.


    • Vos remarques sont très intéressantes, profondes, mais il faut que nous discutions sur ce que vous entendez par « pouvoir réel ».
      Nous sommes vraiment au coeur du sujet.

      [Premièrement, je ne suis pas noble et mes ancêtres ont pris part à la révolution au sein d’un tribunal révolutionnaire…]

      1. En disant que cette révolution n’a pas apporté grand chose de bon, je fais allusion aux lois Le Chapelier et consorts qui ont autorisé le travail des enfants, interdit le droit de grève etc… (Cela, la « Révolution » ne s’en vante pas).
      Pour plus d’informations vous pouvez consulter le site suivant sur l’histoire du droit du travail: http://www.linternaute.com/histoire/droit_du_travail/2962/a/1/1/3/
      Et puis il y a eu la terreur, qui n’était autre qu’une guerre civile avec ses morts etc… puis les autres guerres etc…
      Je prône les révolutions silencieuses, c’est-à-dire des transitions en douceur pour un monde meilleur…

      2. Concernant l’analyse, le pouvoir réel est cité en opposition au pouvoir symbolique, politique, de représentation.
      En 1789, ceux qui avaient ce pouvoir symbolique, c’était la noblesse et le roi.
      Mais ceux qui détenaient le pouvoir réel: capital, expertise (judiciaire, technique, administrative), c’était les bourgeois.
      Ils étaient magistrats, fonctionnaires, entrepreneurs, marchands etc…
      Et la Révolution a éclaté parce que l’état était en faillite (il avait besoin de davantage d’argent) et parce qu’en 1787, le roi a voulu faire une réforme de l’administration visant à déposséder la bourgeoisie de ses pouvoirs sur l’administration, la justice.
      Et c’est pour cette raison qu’ils ont réclamé les Etats Généraux.
      Et c’est pour cela qu’ils ont voulu une Assemblée Constituante
      Je vous invite à visiter mon article: Les vraies causes de la Révolution de 1789
      https://benedictekibler.wordpress.com/2012/06/18/les-vraies-causes-de-la-revolution-de-1789/

      3. Quand j’écris “Les banques seront remplacées par de nouvelles banques” je parle des multinationales industrielles qui demanderont des licences bancaires pour mettre leurs excédents de trésorerie à l’abri de la tempête financière.
      J’explique le mécanisme que j’envisage sous la forme d’un scénario dans l’article: La guerre des oligarchies:
      https://benedictekibler.wordpress.com/2012/08/18/la-guerre-des-oligarchies-33/

      4. Enfin, je vous rejoins quand vous dîtes « ce n’est pas une révolution »
      Pour moi la révolution de 1789 a été un changement de gouvernement, c’est-à-dire le remplacement d’une oligarchie (la noblesse) par une autre émergente (la bourgeoisie). Ce qui explique la raison pour laquelle ils ont voté des lois anti-sociales décrites plus haut.
      On a appelé cela une révolution, mais en fait, peu de choses ont changé.
      La condition paysanne et ouvrière ont empiré. Il aura attendu la 3e république pour que les choses s’améliorent, soit plus de 80 ans après les faits…

      Cela a marqué notre imaginaire collectif et nous empêche de réfléchir aux vrais problèmes.
      C’est ce que j’explique dans l’article La Révolution et notre imaginaire

      Bon, il faudra que je fasse un article qui récapitule tout cela… de sorte que cela soit plus clair…
      Merci en tout cas pour votre lecture attentive.


      • « je ne suis pas noble et mes ancêtres ont pris part à la révolution au sein d’un tribunal révolutionnaire… »

        Eh ben j’en serais fier.

        1. Oui, il y a la loi Le Chapelier et d’autres. La révolution n’était pas monolithique, il y avait des composantes progressistes et d’autres complètement bourgeoises. On sait que la contre-révolution a vaincu avec thermidor. Malgré tout, le sort du peuple s’est amélioré, lentement mais sûrement et à force de luttes souvent violentes. Je ne comprends pas comment l’on peut dire l’inverse alors qu’il y a je pense des variables vérifiables (calories et revenu par personne, mortalité, etc). J’ai bien lu que vous prônez les révolutions non-violentes et elles sont sans doute aucun préférables, mais je ne vois pas l’intérêt de nier contre toute évidence certains apports positifs pour les conditions du peuple d’une révolution violente comme 1789 et de toutes les luttes ouvrières qui parsèment le XIXè et XXè siècles.

        2. Concernant votre analyse de la révolution et de ses causes, je la partage pour l’essentiel. Néanmoins, cela me semble trop carré de dire « la bourgeoisie détenait le pouvoir réel ». Ils détenaient les principaux rouages de l’Etat, ce qui ne signifie pas tout le pouvoir. Sans quoi, on ne s’explique pas la révolution et les luttes. La bourgeoisie a utilisé le peuple mais il y a avait des ennemis en face et ils avaient de grosses armées. C’est aussi du pouvoir réel, non? Tellement réel que la lutte a duré encore des décennies, avant que bourgeoisie et noblesse ne pactisent et fusionnent complètement.
        Il me semble que vous oubliez aussi les inévitables concessions que la bourgeoisie a dû faire au peuple en échange de son aide. Cette bourgeoisie a bien essayé de tout reprendre par la suite mais sans succès.

        3. J’avais lu cet intéressant article (intéressant ne serait-ce que parce qu’il conçoit le sommet comme multiple, dynamique et lui aussi le champs de luttes de pouvoir entre classes et sous-classes). Ma critique portait sur les valeurs dominantes. Le scénario est plausible en ce qui concerne le complexe militaro-industriel mais je doute que ceux-ci au pouvoir aient toujours pour valeurs dominantes l’argent et le profit, c’est-à-dire les valeurs de la classe bourgeoise financière. Plutôt que des banques, si on accepte votre scénario, je penche plutôt pour des écoles (source de la connaissance technologique et lieu idéal pour contrôler scientifiquement les consciences).

        4. Une révolution est un changement des structures de pouvoir et des valeurs dominantes. Il y a bien eu à mon sens révolution en 1789 (révolution qui avait commencé bien avant, comme vous le dites dans votre analyse) et qui se poursuivra tout le long du XIXè. Ce n’était pas un simple changement de gouvernement (par exemple un changement dynastique), sans quoi vous n’expliquez pas non plus pourquoi l’Europe entière s’est pressée d’envoyer des armées pour essayer d’abattre la révolution.

        En espérant que ces quelques remarques soient constructives pour votre analyse déjà très intéressante (les systèmes d’influence, etc).


      • Non, je n’en suis pas fière car la violence ne résout rien.

        1. Pouvez-vous me citer des variables vérifiables mesurant l’amélioration de la condition humaine due à des luttes et à des révolutions ?
        Moi je n’en trouve pas. Les seules améliorations ont eu lieu sous la 3e république, c’est-à-dire après la défaite de la France contre la Prusse en 1870.
        Les Français ont constaté que les Prussiens étaient physiquement plus en forme et plus instruits et donc plus efficaces au combat. Et c’est pour cette raison uniquement, que les améliorations sociales ont pu voir le jour. Et c’est aussi pour cette raison qu’ils ont instauré l’école obligatoire et gratuite pour tous.
        Pouvez-vous me citer les apports positifs de la révolution de 1789 qui ont duré de manière pérenne ?

        2. Concernant le pouvoir réel de la bourgeoisie face à des armées: comment sont financées les armées ? avec quoi achète-t-on les fusils, les canons ? comment est-ce qu’on nourrit et rémunère les soldats ? L’état français et les nobles ne pouvaient pas financer cette armée car leurs ressources financières dépendaient des bourgeois. Les seules grosses armées auxquelles la bourgeoisie révolutionnaire a du faire face, ce sont les armées étrangères, et pour ces pays, la révolution était un bon prétexte pour reprendre des territoires qu’ils avaient perdus un siècle plus tôt, au temps de Louis XIV.

        Vous dîtes: « Il me semble que vous oubliez aussi les inévitables concessions que la bourgeoisie a dû faire au peuple en échange de son aide. Cette bourgeoisie a bien essayé de tout reprendre par la suite mais sans succès. » A quoi faîtes-vous allusion ?

        3. Alors là ! je vous rejoins complètement. c’est d’ailleurs le sujet de mon prochain article. Le terme que j’utilise, ce n’est pas « école » mais expertise, c’est-à-dire l’ensemble des connaissances, savoirs…

        4. En fait je définis une Révolution comme un changement dans le processus de légitimation du pouvoir politique: donc nous sommes passés d’un système qui prônait l’héritage génétique (le sang bleu des nobles et le droit divin des rois) à un processus d’élection par la population (au début, le suffrage était censitaire puis il est devenu universel…)

        Le schéma est le suivant:
        Il y a ceux qui ont la légitimité pour avoir le pouvoir de représentation.
        Puis il y a ceux qui acquièrent du pouvoir réel (argent, expertise, influence). C’est le groupe émergent.
        Pour renforcer ce pouvoir réel (lorsque celui-ci est mis en danger), ce 2e groupe questionne et met en doute la légitimité du 1er groupe.
        C’est ainsi que le 2e groupe obtient le pouvoir de représentation et modifie les conditions d’accès à la légitimité.

        La Révolution de 1789: Le premier groupe c’est la noblesse et le 2e c’est la bourgeoisie
        Dans le scénario que j’envisage, le 1er groupe, c’est les banques qui avaient encore la légitimité d’être l’instrument de la politique économique d’un gouvernement.
        Le 2e groupe, ce sont les multinationales industrielles, qui si elles se sentent menacées par la faillite bancaire, vont demander une licence bancaire et devenir à leur tour des banques. Leur légitimité nouvelle sera leur expertise.

        Merci vos remarques sont effectivement très constructives !


      • 1. Je peux vous citer concrètement l’abolition de l’esclavage, la légalisation du divorce, la loi sur l’héritage des enfants (abolition du droit d’ainesse et héritage des filles), l’émancipation des juifs et des protestants. Maintenant, ces lois ne furent pas toutes pérennes, vu les contre-révolutions victorieuses qui ont succédé. Mais rien n’est pérenne au sens strict et malgré les remises en cause de ces avancées sociales, l’existence de celles-ci a pesé sur la suite. Après la révolution française et suite à la contre-révolution bourgeoise qui s’en est suivie, il y a une stagnation des conditions de vie du peuple qui dure effectivement jusque 1870. Je vous mets en lien un graphique montrant l’évolution d’un critère objectif (l’espérance de vie à la naissance) depuis 1740. Vous y remarquerez aisément la courbe très ascendante durant la période révolutionnaire (qui s’est révélée beaucoup moins meurtrière que la légende ne nous le laisse croire, il suffit de comparer avec les guerres napoléoniennes).
        http://www.ined.fr/fr/tout_savoir_population/graphiques_mois/esperance_vie_france/

        2. Je n’ai pas dit que les bourgeois n’avaient pas de pouvoir réel mais qu’ils avaient en face d’eux d’autres pouvoirs réels. Je concède volontiers qu’en France, le pouvoir réel de la noblesse était bien moindre que celui de la bourgeoisie.
        Concernant les concessions reprises, je voulais dire que l’on tenta d’oublier des lois telles que l’abolition de l’esclavage mais sans succès sur le long terme. Je ne veux pas dire que l’évolution est le fruit d’actes violents car les mentalités étaient déjà prêtes à ces progrès sociaux (sans oublier l’évolution de certaines conditions matérielles) mais que les concessions obtenues suite à ces actes violents pèsent sur la suite et sont comme des concrétisations des idées déjà là. Je vois ces éruptions de violence comme l’écume d’une vague. Elles ne font sans doute pas la vague mais elles y participent.
        Dans l’ensemble, je vous donne raison, les vraies évolutions sont silencieuses et de longue durée. C’est juste que je n’arrive pas à concevoir ces éruptions violentes comme des événements indépendants et inutiles de l’évolution longue.

        3. Je suis d’accord. Le règne des experts, c’est bien cela. Je crois me souvenir qu’Emmanuel Todd a aussi déjà fait une allusion à cette évolution probable dans son livre « Après la démocratie ». Je n’ai pas souvenir qu’il y ait vraiment explicité et argumenté cette intuition.

        4. Très intéressant. Juste deux petites réflexions :
        – « pouvoir de représentation » de quoi ou qui? La noblesse représentait? (quelle est la source légitime du pouvoir? Dieu?) La bourgeoisie représente le Peuple (pas le peuple réel), je pense. Que représente le futur pouvoir représentatif?
        – comment passez-vous d’une lutte de classes entre noblesse et bourgeoisie à une lutte d’institutions entre la banque et la technostructure (pour reprendre un terme de Galbraith)? Ces institutions doivent aussi représenter des classes. La lutte pour le pouvoir serait donc entre bourgeoisie et experts technocrates. Non?


      • Je vous réponds d’abord sur le premier point.
        Il faut d’abord que nous nous comprenions sur les mots.
        De 1789 à 1792, la révolution était bourgeoise. L’Assemblée Constituante puis Nationale était constituée de bourgeois: aucun ouvrier, aucun paysan.
        Les progrès sociétaux étaient bons, certes, mais cela les arrangeait.
        Ceci dit, c’était des avancées, mais qui ne demandaient pas de sacrifices.
        Quant aux progrès de l’espérance de vie, la même chose s’est produite dasn les autres pays d’Europe.
        Cela est dû aux progrès scientifiques et technologiques de l’époque:
        ce document
        http://www.editions.polytechnique.fr/files/pdf/EXT_0837_2.pdf
        rejoint tout à fait le livre d’Alexis de Tocqueville « L’Ancien Régime et la Révolution »
        qui décrit les progrès constatés en France à partir de 1740.
        Ce sont les prémices de la Révolution Industrielle avec une certaine frange de la population qui s’enrichit et qui voit ses conditions de vie s’améliorer.

        2. Concernant l’abolition de l’esclavage, la loi n’a jamais été appliquée et puis elle fut retirée par Napoléon.
        Si nous comparons avec les autres pays, l’esclavage fut aboli plus tôt qu’en France dans de nombreux pays.
        vous pourrez lire la liste ci-dessous
        http://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_de_l'esclavage
        Alors vraiment, on peut se demander à quoi a servi notre révolution ? !!!!
        C’est bien la preuve que malgré de bonnes intentions, des lobbies très puissants ont réussi à anéantir les velléités les mieux intentionnées.
        C’est bien la preuve d’un pouvoir réel, plus fort que les déclarations les plus belles…
        Et c’est justement le sujet de mon blog.

        Votre image de l’écume sur les vagues (de fond) est très belle.
        Mais je vois ces éruptions de violence, au contraire comme quelque chose de néfaste.
        Parce que c’est comme si nous étions aveuglés par cette écume et nous ne pourrions voir les tendances lourdes, les vagues de fond.
        si nous pouvions les voir, nous serions beaucoup plus efficaces dans la préparation du changement.
        Je ne sais pas si vous avez lu cet article, je vous donne le lien.
        Cet article traite de notre aliénation par rapport à l’illusion collective qui consiste à croire que « c’est le peuple qui s’est soulevé contre les tyrans » et bla bla. D’abord, cela ne correspond pas à la vérité historique. Et puis en entretenant cette illusion, on ne peut pas voir les véritables leviers d’action.

        4. « pouvoir de représentation »: oui, cela mérite d’être précisé.
        en fait nous avons dans toute société ou groupe un idéal collectif, un idéal communément partagé. Le groupe choisit une personne ou un groupe de personnes qui vont « incarner » cet idéal. Par exemple, au Moyen age, l’idéal chevaleresque était incarné par les nobles qui « représentaient  » et « incarnaient » l’idée que les gens se faisaient de ce qui est noble. Ils rendaient justice, ils s’occupaient des impôts, de recueillir les miséreux, de protéger les paysans etc…
        De tout cela, ils gagnaient leur légitimité.
        Le futur pouvoir de représentation, ou la future légitimité s’obtiendra de l’expertise (ensemble des connaissances technologiques et scientifiques). Je raconte cette transition future dans l’avant dernier article qui s’intitule « La guerre des oligarchies ». Et le prochain article traitera justement de cette question de la légitimité.


      • Je viens de finir de lire vos articles et je suis passablement convaincu qu’une révolte populaire violente est soit impossible, soit inutile, soit les deux. Néanmoins, je trouve encore que vous minimisez l’apport de la révolution française. Par exemple, vous me dites que la révolution industrielle est la cause de l’amélioration des conditions de vie. Or le graphique que je vous ai mis en lien montre bien une stagnation de l’espérance de vie dans les premières décennies de la révolution industrielle en France (et toutes les études corroborent ce fait aussi en Angleterre, paupérisation etc). La révolution industrielle n’est donc pas la cause de l’amélioration des conditions de vie du peuple, elle n’en est que l’une des conditions nécessaires mais non suffisantes. Autrement dit, il faut non seulement que la nation s’enrichisse mais aussi que la répartition des richesses se fasse. Je constate une pente clairement ascendante de l’espérance de vie à partir de la période révolutionnaire et non pas à partir de 1750. D’autres études portant sur la taille moyenne des recrues montre cette stagnation des conditions de vie du peuple à partir de la fin de la contre-révolution napoléonienne jusque vers 1850 (je peux je crois vous retrouver un lien lorsque j’en aurai le temps). Le pouvoir réel, toujours limité et relatif dans un rapport de forces, semble être important. Et la violence est un moyen comme un autre dans ce rapport de forces (que la classe dominante ne se prive pas d’utiliser).
        Désolé, je vous réponds un peu vite et confusément, parce que je dois aller me coucher.🙂


      • L’augmentation, qui débute à partir de 1790 est dû à l’invention du vaccin contre la variole (qui faisait des ravages) par le médecin Edward Jenner
        comme l’indique ce croquis
        (courbe à droite)
        La transition démographique (passage d’un taux de natalité élévé associé à un taux de mortalité infantile élevé et une faible espérance de vie) à un taux de mortalité infantile bas associé à un taux de natalité bas s’est opéré en France comme en Europe à partir de 1750.
        L’amorce de ce changement a commencé dès 1750.
        http://fr.wikipedia.org/wiki/Transition_d%C3%A9mographique
        C’est une conjonction de facteurs: progrès médicaux, progrès agricoles et de l’alimentation, de l’obstétrique grâce à Madame de Coudray gràce à elle, la mortalité a baissé. elle est morte en 1789.

        http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/pop_0032-4663_1965_num_20_4_12851


      • Ok, je suis convaincu, le changement a commencé avant la révolution française. Donc si la politique ne sert à rien, si un régime ou l’autre ne change rien, je cesse de lutter pour les plus pauvres sur le plan politique et je deviens scientifique?


      • A la bonne heure !
        Vous pouvez aussi créer une entreprise en produisant des produits et des services qui améliorent la vie des autres.
        Par exemple, il y a un artisan qui a inventé le martelas tel que nous le connaissons aujourd’hui.
        Cela a évité l’apparition de maladies, car les paillasses étaient infestées de vermines.
        Je ne sais plus où est la source… mais c’est un exemple… Il n’était pas médecin.
        L’important c’est de vouloir aider les autres. Et de ne pas utiliser la science comme moyen de domination comme certains le font.
        Science sans conscience…
        Il y a aussi une nouvelle forme de combat politique, c’est le militantisme citoyen…


      • Le militantisme citoyen? C’est-à-dire? Ce n’est pas de la politique?
        Et puis en quoi cela changerait-il quelque chose puisque le régime politique n’importe pas? A la limite, dictature ou pas, cela change-t-il quelque chose sur le long terme?
        Et pour les problèmes écologiques, on laisse faire la science là aussi?
        Il me reste un doute là. Tous vos arguments sont convaincants mais ça a l’air trop facile et semble laisser la porte ouverte à ceux qui vont pas se gêner au pouvoir.


      • Le militantisme citoyen est une action politique qui vise des problèmes précis et non des postures idéologiques ou dogmatiques.
        Cela consiste à faire pression, à faire du lobbying et à exercer une influence sur les décideurs politiques:
        Il y a 2 modes d’action: la communication d’influence qui consiste à informer l’opinion publique des dangers qui la menacent.
        Et le lobbying qui consiste à exercer directement une pression sur les décideurs.
        Cette action est très efficace.
        Non, on ne laisse pas faire la science, et c’est pour cette raison que les militants sont aidés par des scientifiques.
        Il y a eu plusieurs victoires. Et pourquoi ? Parce que les écologistes proposent une alternative, comme par exemple la transition énergétique qui se répand dans le monde.
        Les mouvements d’extrême gauche ne réussissent pas parce qu’ils n’ont aucune alternative crédible aux yeux de l’opinion.


  2. Bonsoir Bénédicte,
    je viens régulièrement sur votre site dont j’ai eu connaissance par l’intermédiaire de vos commentaires sur le blog de Paul Jorion. Si vous en suivez l’actualité, peut-être avez-vous eu l’occasion de lire un de mes 4 billets invités ?

    Concernant le vôtre, je suis de plus en en plus convaincu, comme vous, que les révolutions silencieuses sont les seules qui changent le monde en profondeur, à l’image de cette citation de Gandhi « Un arbre qui tombe fait beaucoup de bruit, une forêt qui germe ne s’entend pas ».
    J’en suis aujourd’hui encore plus convaincu depuis que je suis tombé sur le dernier livre de John Holloway « 33 thèses contre le capitalisme » auquel je consacrerais un billet prochainement sur mon propre blog, blog sans ligne clairement définie contrairement au vôtre.
    À partir d’une relecture de Marx et de la double nature du travail (travail abstrait et travail utile), il en vient à considérer que toute révolution de type insurrectionnelle passe immanquablement à côté de son objectif (renverser le capitalisme) et finit toujours par reproduire le même schéma. Et ce pour une raison simple : le travail abstrait qui nourrit le capital n’est jamais remis fondamentalement en question. En d’autres termes, tant que l’on continuera à opposer travail et capital, ce dernier finira toujours par s’imposer et reproduire ad aeternam les mêmes structures de classe.
    Pour lui, l’important est de ressusciter le travail dit utile dans la terminologie marxiste c’est-à-dire celui qui nous rend humain, celui qui privilégie la qualité à la quantité, repose sur la coopération le partenariat, la solidarité, etc… C’est un peu court comme explication, mais en cherchant sur le net – si cette question vous intéresse- vous y trouverez des pages entières qui l’expliquent parfaitement. Partant donc de ce postulat, il en arrive à la conclusion – je prends là aussi quelques raccourcis- que la seule façon de faire la révolution est non pas de combattre le capitalisme, mais d’arrêter de le nourrir. Comme je l’ai écrit dans mon propre article : notre Rodrigue des temps modernes ne s’écrie plus « Et le combat cessa faute de combattants» mais « Et le capitalisme cessa faute de serviteurs. ». Il est donc pour lui indispensable de construire ici et maintenant des contre-modèles, des alternatives comme on en voit fleurir un peu partout : SEL, Amap, zones de gratuité, associations d’entraides, d’échanges de services, associations citoyennes, etc… Et il espère que la résurrection de ces espaces de solidarité et de convivialité finiront par contagion et émulation à modifier notre rapport au monde, mais aussi à nous-mêmes et aux autres, c’est-à-dire à lutter contre la réification de l’humain devenu marchandise par le biais de sa force de travail, elle-même devenue un objet échangé sur un simple marché (marché du travail) comme celui des petits pois ou des carottes.

    Ainsi, la relecture de Marx par Holloway a fini par le convaincre que ce sont les révolutions silencieuses, celles qui agissent dans l’ombre (dans les brèches, les interstices pour reprendre ses expressions) qui finiront par changer le monde. Je ne sais pas quelle sera la postérité de cette analyse, mais toujours est-il qu’il nous propose une nouvelle voie et une révolution de type marxiste d’un autre genre.

    Vous pouvez ne pas être d’accord avec lui, mais au moins, avez-vous le mérite de partager avec lui une certitude commune.

    J’espère ne pas vous avoir ennuyé avec ce long commentaire.

    Bien à vous


  3. Oubli dans mon précédent commentaire :
    Le vrai titre du livre d’Holloway est Crack Capitalisme :33 thèses contre la capitalisme.

    Autre chose à noter : Holloway, grand défenseur de la cause zapatiste, rompt avec ce livre et le précédent « Changer le monde sans prendre le pouvoir » avec toute la tradition révolutionnaire.


    • Merci beaucoup pour votre commentaire très intéressant.
      Oui, cela correspond à l’opinion que j’exprime dans ce blog.
      Cependant, j’observe les rapports de force qui s’exercent entre individus, entre classes sociales, entre groupes et entre les nations.

      Le capitalisme n’est qu’un moyen parmi d’autres d’exercer un rapport de force.
      Autrement dit, même si le capitalisme disparaissait (faute de serviteurs) certains trouveraient un autre moyen de se servir des autres pour asseoir leur pouvoir sur eux. La vraie question, c’est « est-il possible de vivre dans une société sans rapports de force ? »
      Je crois qu’il faut chercher du côté du désir profond qui anime les êtres humains.

      Certes, le capitalisme présente une caractéristique particulière qui est une forme d’efficacité dans la concentration des richesses. Cela fait qu’un individu peut amasser des milliards pour lui tout seul, exerçant de ce fait un rapport de force démesuré. Si ce système disparaît et s’il est progressivement remplacé par un autre moins efficace, alors l’écart des inégalités diminuerait ainsi que l’intensité du rapport de force. Mais c’est aussi notre puissance d’agir qui diminuerait.

      Nous assistons à une lutte sourde mais puissante entre des puissances géopolitiques Russie, USA et Chine, et bientôt l’Inde et le Brésil. Pour eux, le capitalisme accroît leur puissance d’agir face aux autres puissances dont ils refusent la domination. On revient toujours au même: la domination et le désir de domination.

      Aucun système ne guérira l’espèce humaine de ce malheur. Il y a des gens équilibrés, capables de compassion envers leur prochain. Mais d’autres sont avides de pouvoir, ils veulent être adulés, servis. On devrait créer un système social de psychanalyse obligatoire pour ces gens-là, pour qu’ils lâchent le contrôle sur eux et sur les autres et qu’enfin ils commencent à vivre vraiment. Mais on pourrait retomber dans des dérives totalitaires.

      J’espère que la montée en puissance de vrais contre-pouvoirs pourra forcer les acteurs économiques à faire preuve d’une véritable éthique.
      Les mouvements citoyens doivent s’organiser pour rassembler les informations dissimulées et exercer des pressions afin d’obtenir des comportements éthiques véritables et pas simulés.

      Voilà où j’en suis dans mes réflexions.
      Je vous souhaite une bonne journée.



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