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La guerre des oligarchies (3/3)

18 août 2012

Porte de coffre-fort

Les banques sont au bord de la faillite et les multinationales technologiques envisagent de mettre à l’abri leurs excédents de trésorerie. Une lutte sourde s’engage entre les oligarchies bancaires et non bancaires…

Le pouvoir des multinationales technologiques

La montée en puissance des nouveaux géants
C’est la même logique néolibérale qui a favorisé la montée en puissance des multinationales non bancaires, qui a détruit les banques (leur pouvoir réel et leur légitimité aux yeux du public) et fragilisé les états.

L’avance technologique
Les profits engrangés par les multinationales furent distribués aux actionnaires mais aussi réinvestis dans la construction d’une expertise technologique qui constitue l’essence du pouvoir réel.

Un atout géopolitique pour les états
Un état ne peut espérer peser significativement sur l’échiquier géopolitique sans la technologie des grands consortiums. Les états ne sont plus en mesure de mener leur propre recherche. Le foisonnement des avancées et des ruptures technologiques est tel qu’il est difficile, même pour une superpuissance, de rester à la pointe.

Un partenariat s’est donc érigé entre les multinationales et les états, à commencer par les complexes militaro-industriels qui forment la pierre angulaire de la puissance géopolitique des états. Il s’agit bien d’une forme de pouvoir, sans légitimité démocratique certes, mais bien réel.

Inquiétude des oligarchies non bancaires

Elles s’inquiètent à juste titre des conséquences macroéconomiques de cette crise. Pour 2 raisons :

  • Elles ont déposé des milliards auprès des banques et des filiales de celles-ci dans les paradis fiscaux. La défiance (régnant parmi les banques qui ne veulent plus se prêter entre elles) s’étend au reste de l’économie.
  • Leurs clients sont les états (qui leur commandent des infrastructures, de l’armement…) ou les consommateurs. Elles craignent les politiques d’austérité et de désendettement des états qui nuisent à leur business (réductions budgétaires ou baisse du pouvoir d’achat). Les craintes sont d’autant plus fortes que du côté des marchés émergents, les perspectives sont mauvaises.

Les états sont confrontés à des équations insolubles : renflouer les banques et se désendetter, ce qui est impossible, puisque les mesures d’austérité aboutissent au résultat inverse. A voir la violence avec laquelle de simples manifestations pacifiques sont réprimées (en Espagne et au Canada notamment), on peut s’attendre à des répressions sanglantes face au mécontentement populaire.

violence policière lors des manifestations en Espagne

Offensive contre les banques, les prémices

La complicité entre les multinationales bancaires et non bancaires risque de se transformer en une guerre d’élimination de l’un par l’autre.

  • Elles demandent des licences bancaires
    Les multinationales non bancaires se préparent des canoës de sauvetage au cas où le bateau coulerait. Depuis juin dernier, EADS envisage de demander une licence bancaire à l’état. Cette multinationale souhaite mettre ses excédents de trésorerie à l’abri de la tempête qui s’annonce et aussi emprunter auprès de la banque centrale à des taux plus avantageux. D’autres groupes très puissants l’ont déjà, comme Siemens, Daimler et Volkswagen par exemple.
  • Offensive médiatique contre les banques
    Si aujourd’hui les médias anglo-saxons s’en prennent aux banques dans un déferlement de colère, ce n’est pas un hasard. Le scandale du Libor éclate seulement maintenant alors que les faits ont été découverts il y a 4 ans. C’est un signe.

C’est le signal lancé par les grandes entreprises de l’économie réelle aux dirigeants politiques. Les multinationales non bancaires font comprendre par ce biais (et par d’autres moyens de pression…) qu’il est temps de laisser tomber les banques.

Le scénario possible

  1. La pression médiatique va s’accentuer surtout sur les dirigeants politiques qui couvrent les banques. Pour éviter le discrédit et la déroute électorale, les politiciens finiront par céder à cette pression. Si la licence bancaire s’étend à toutes les multinationales, c’est le coup de grâce pour les banques.
  2. Dans un 1er temps, les politiciens accorderont des licences bancaires à toutes les sociétés du complexe militaro-industriel ce qui leur permet de se maintenir au top niveau des avancées technologiques. N’oublions pas que le complexe militaro-industriel est le premier pilier géostratégique des états. Puis ils accorderont des licences bancaires à toutes les sociétés disposant d’un cash suffisant pour servir de garantie financière.
  3. Dans cette bataille, les banques seront tentées d’organiser des fuites dans la presse sur ce qu’elles savent des opérations occultes via les paradis fiscaux dans lesquelles certains politiciens auront trempé. Le public assistera, dégoûté, à un étrange déballage de scandales.
  4. Dans les pays où les dépôts des particuliers sont garantis par l’état, la question se posera de savoir si les nouvelles banques (c’est ainsi qu’on les appellera) seront des banques de dépôt ouvertes aux particuliers. Le complexe militaro-industriel y sera favorable parce que, en cas de faillite bancaire systémique, cette garantie des dépôts représenterait un coût exorbitant pour l’état. Si l’état peut inciter le plus grand nombre de personnes à déposer leur argent vers une banque nouvellement créée par ces multinationales pleines de cash, c’est une bonne affaire pour lui.
  5. Les industries liées à Internet sont déjà en train de concevoir des téléphones portables qui serviront de moyens de paiement et remplaceront la carte bancaire. Il sera donc logique que ces groupes deviennent à leur tour des banques : Google, Apple, Facebook, Amazon, Samsung et d’autres… Les particuliers iront ouvrir des comptes chez l’Oréal ou Dassault…

Cela résoudra-t-il les problèmes économiques actuels ? Non. La spéculation et l’accumulation des capitaux sans redistribution par l’impôt s’accentueront. Plus grave, l’opacité financière augmentera.

Cet article s’inscrit dans une démarche prospective et d’anticipation.
Qu’en pensez-vous ?
Avez-vous des contre-arguments, des objections ?
Y-a-t-il des aspects du problème qui auraient échappé à mon observation ?
N’hésitez pas à donner vos avis dans les commentaires !

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One comment

  1. […] sur les luttes d'influence et les rapports de force sur le Web et ailleurs « La guerre des oligarchies (3/3) Une insurrection populaire, pour quoi faire ? 28 Août […]



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