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La Révolution de 1789, les leçons de l’histoire…

11 juillet 2012

Tableau de Delacroix représentant le combat pour la liberté, l'insurrection révolutionnaire

Une approche sociologique de l’Histoire

Se contenter de raconter l’enchaînement des évènements, ce n’est pas expliquer leur cause. Dans l’article Les vraies causes de la Révolution de 1789, ma réflexion s’inspire largement de l’ouvrage « L’Ancien Régime et la Révolution » d’Alexis de Tocqueville. Son approche sociologique me semble la plus pertinente.

Ce qui m’intéresse, ce sont les rapports de force à l’oeuvre qui font que les uns cèdent face aux autres. Et les plus forts ne sont pas toujours ceux qui ont l’apparence du pouvoir. Il y a le pouvoir apparent, officiel, qui est l’incarnation d’une idée collective. Et puis il y a le pouvoir réel, non officiel, fonctionnel, sans apparat, celui qui s’exerce de facto. Vous pensez au pouvoir de l’argent ? Pas seulement. Il y a aussi le pouvoir de la technostructure et le pouvoir d’influence.

En 1787, la bourgeoisie avait déjà le pouvoir réel

Les institutions de l’Ancien Régime voyaient leur légitimité mise en doute par ceux-là mêmes qui les faisaient fonctionner… La bourgeoisie était devenue la technostructure de l’Etat. Dès lors que cette nomenklatura se rebellait contre les réformes du roi de 1787, comment le monarque aurait-il pu la réprimer ? Avec quel argent ? Puisque les bourgeois occupaient les postes chargés de la collecte des impôts. Comment aurait-il pu financer les forces de coercition que représentent la police ou l’armée sans le soutien de ceux qui faisaient fonctionner l’Etat ?

Aurait-il pu les faire emprisonner et les remplacer par d’autres ? Non. Parce qu’il aurait détruit tous les rouages qui constituaient l’administration de la nation et par laquelle il exerçait son pouvoir. A partir du moment où la bourgeoisie sur laquelle tout son pouvoir reposait, se rebellait contre lui, le roi n’avait plus aucun pouvoir réel. Il ne lui restait que le pouvoir symbolique de représentation et d’incarnation de la Nation.

La noblesse n’avait pas d’autre choix que de renoncer à ses privilèges puisqu’elle n’avait plus aucun pouvoir réel (et ce, depuis bien longtemps) ni plus aucune légitimité à les conserver (changement des mentalités).

Donner à son pouvoir réel une légitimité…

La bourgeoisie possédait tous les pouvoirs réels. Soit. Mais pourquoi s’est-elle engagée dans une bataille pour le pouvoir politique ? Les richesses et le pouvoir réel ne lui suffisaient-ils pas ?

Ceux qui possèdent le moyen d’exercer un rapport de force et d’en tirer profit sont toujours à la merci de ceux qui leur contestent le droit de le faire. C’est pourquoi il est impérieux pour les premiers de :
– donner une légitimité à leur activité
– contester la légitimité des seconds

C’est ce que firent les notables du régime en réponse à la réforme de 1787 qui visait à diminuer leurs pouvoirs réels. En 1789, cette tactique était d’autant plus aisée que le contexte idéologique s’y prêtait (influence des Lumières sur les mentalités).

La Révolution de 1789 ne fut qu’un changement dans le processus de légitimation. Dans l’Ancien Régime, le roi et les Etats privilégiés tiraient leur légitimité de la religion, c’est-à-dire de la croyance collective selon laquelle Dieu (via l’Eglise) accordait aux dominants le droit de régner (droit divin). Depuis 1789, la légitimité provient du suffrage électoral.

Quant au pouvoir réel, il est resté dans les mains des mêmes. La bourgeoisie a profité de sa nouvelle légitimité pour accroître et renforcer le pouvoir qu’elle détenait.

Une démarche prospective

Dans le prochain article, je tenterai un difficile exercice de prospective, c’est-à-dire de construction de scénarios des possibles. Je prendrai comme grille de lecture les enseignements que nous laisse la Révolution de 1789:
– distinguer ceux qui ont le pouvoir réel de ceux qui détiennent un pouvoir symbolique
– quand un pouvoir réel subit une attaque directe, il cherche à gagner en légitimité.
J’essaierai de répondre à la question suivante: Une révolution analogue à celle de 1789 va-t-elle avoir lieu ?

4 commentaires

  1. NON… Hélas pas de Révolution en vue!!! L’oligarchie a de beaux jours encore… Vive les Lobbys!


    • on peut imaginer un scénario selon lequel les lobbies se détruisent mutuellement…
      c’est juste une possibilité parmi d’autres….


  2. Tocqueville, oui, évidemment…Où est le peuple ?…La bourgeoisie a aidé le peuple à prendre la Bastille en 89 en lui distribuant des armes. Pour lutter contre le nouveau ministre qui voulait la faire payer, plus ou moins, en faisant revenir Necker. Et surtout pour endiguer, offrir un exutoire à la va-vite à la puissance en colère du peuple, qui ne peut même plus se payer le pain qu’il mange. Avant que celui-ci ne réalise que la rapacité n’est pas seulement monarchique…


  3. Excellent le coup des technostructures…pour le comprendre, un exemple assez simple : « Ma Comtesse, j’ai fait venir ces bijoux de Bijoutie, c’est ce bon Monsieur Grouvay qui les importe…oh oui, son commerce marche plutôt bien ».
    Difficile de croire un instant que, en ces temps remués, le Comte n’a parlé que de la pluie et du beau temps à ce Monsieur Grouvay dont le capital semble se rappocher du patrimoine de M. Le Comte. Ainsi les technostructures se font et se défont, dans de petits jeux de relations de pouvoir…ca n’a pas beaucoup changé…



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