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Imaginaire collectif et Révolution de 1789

29 juin 2012

Que nous le voulions ou non, notre imaginaire est prisonnier d’une représentation caricaturale et fausse de la Révolution de 1789. Aujourd’hui encore les politiciens utilisent des termes directement issus de l’imagerie révolutionnaire qui est devenue le mythe fondateur du régime politique actuel.

La révolution de 1789 racontée par les vainqueurs :

La bourgeoisie est le grand vainqueur de cette guerre civile entre nantis que fut la Révolution de 1789. Voir Les vraies causes de la Révolution de 1789

le paysan écrasé par le clergé et la noblesse

Cette gravure représentant le peuple opprimé par la noblesse et le clergé me fait penser aux photographies retouchées de la Révolution russe où des personnages ont été effacés. En 1789, la photographie n’existait pas encore. Il suffisait d’oublier de dessiner une partie de la réalité afin de l’occulter : sur cette gravure aussi, il manque un personnage : sur le dos du malheureux peuple, il aurait fallu ajouter un 3e larron… Car les nobles et le haut clergé n’étaient pas les seuls privilégiés exemptés d’impôts.

Ces fables qui forgent notre imaginaire

« L’insurrection du peuple a marqué le début de la Révolution de 1789 »

La Révolution de 1789 a commencé, non pas le 14 juillet, mais le 23 juin 1789, le jour où le Tiers-Etat a refusé d’obéir au roi. Pour la première fois, la légitimité du monarque était ouvertement et expressément contestée.

C’était une “désobéissance civile” avant l’heure… Suite à cet affront fait au roi puis au renvoi de Necker, la population parisienne craignait une répression sanglante. Louis XIV avait en effet laissé des traces sombres dans la mémoire collective…

Pour se protéger, ils allèrent chercher des armes. Ce qu’ils ignoraient, c’est que les troupes avaient décidé de ne pas tirer sur les émeutiers. Ce refus fut un évènement capital, bizarrement passé sous silence.

« Le peuple opprimé s’est soulevé et a renversé l’Ancien Régime »

Les populations vraiment opprimées sont trop misérables pour se révolter. Elles passent leur temps à chercher de quoi survivre. Elles n’ont pas les moyens de réfléchir aux causes de la misère qui les accable.

Les révolutionnaires sont toujours issus de la classe moyenne cultivée, voire bourgeoise. Ils disposent suffisamment de ressources financières et d’instruction pour échapper à l’emprise d’un système qu’ils veulent détruire.

« Le roi était mou et indécis »

Voilà une explication bien commode qui évite d’aborder le coeur du problème, à savoir les rapports de forces au sein de la société de l’Ancien Régime.

La réalité, c’est que, déjà en 1789, le roi n’avait plus assez de pouvoirs pour s’opposer fermement à la bourgeoisie devenue trop puissante. Mais l’histoire officielle occulte cette réalité.

Une source d’aliénation

  • Des illusions qui nous empêchent d’agir:
    La fable officielle nous empêche de comprendre les véritables rouages du pouvoir tel qu’il s’exerce. Aveuglée par cette imagerie simplificatrice et caricaturale, la population est incapable d’actionner les véritables leviers de changement. La notion de « pouvoir du peuple » est une illusion.
  • Cet aveuglement collectif est bien pratique pour ceux qui détiennent les rouages cruciaux de l’économie et de l’influence médiatique.
  • Glorification des actions d’éclat et de la violence:
    Notre imaginaire est pétri d’une vision qui glorifie la violence, les coups de force, comme si aucun autre mode d’action n’était possible dans ce pays. S’il est vrai que les croyances collectives créent la réalité, alors on peut dire que cette perception guerrière du monde crée effectivement une société où le dialogue et la négociation sont impossibles. Ceux qui prônent les révolutions silencieuses sont inaudibles.
  • Il parait que l’histoire officielle de la Révolution de 1789 plait à beaucoup d’entre nous. La fascination qu’elle exerce a permis à des générations entières de se l’approprier. Cela a forgé notre identité.

Cette aliénation est d’autant plus prégnante que les souffrances endurées par nos ancêtres ont été terribles (plusieurs centaines de milliers de morts). Faute de consolation ou de compensation, il faut bien que les souffrances subies aient un sens.

Dans le prochain article, j’exposerai les rapports de force qui étaient à l’oeuvre au moment de la Révolution de 1789, dans un but prospectif. Ma démarche étant de comprendre si oui ou non une Révolution de ce genre pourrait à nouveau se produire.

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3 commentaires

  1. Est-ce que vous prévoyez une analyse sémantique de la marseillaise?


    • Ha ! Je n’y avais pas pensé, mais en effet, c’est une très bonne idée !

      « Qu’un sang impur abreuve nos sillons »…
      On reste dans la liturgie guerrière.


  2. […] Un mythe qui nous aveugleCe mythe hante encore notre imaginaire collectif. Il nous paralyse et nous aliène. Car il occulte les véritables leviers de changement. Pour plus de détails : Notre imaginaire collectif et la Révolution de 1789 […]



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