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Dissonance cognitive et déni de réalité

26 avril 2012

Récemment le magazine « The Economist » reprochait à la France son déni de réalité. Le débat politique français n’accordait pas suffisamment de place, selon eux, à la question de la dette publique, de la compétitivité et de la croissance économique.

Le déni de réalité, qu’est-ce que c’est ?

Voici un exemple hilarant de déni de réalité : le sketch d’Elie & Dieudonné

Le déni de réalité, dans l’acception psychanalytique du terme, est le refus ou l’incapacité de percevoir un fait. Cela donne lieu à des réactions inadaptées, délirantes ou hallucinatoires. On fait comme si cette réalité n’existait pas. Monsieur Piche (Elie Semoun) ne peut tout simplement pas intégrer la mort de sa femme. Celui qui est dans le déni ne peut subir aucune influence de la part de qui que ce soit.

La dissonance cognitive

Elle relève du comportement psychosocial, non de la pathologie. C’est un inconfort psychologique ressenti lorsque la réalité n’est pas conforme à ses croyances. Il y a bien une perception de cette réalité, contrairement au déni de réalité. Mais cette perception est modifiée par les croyances.

Dans un groupe ou une communauté, les croyances collectives influencent les individus et leur perception du réel. La remise en question de la croyance dominante par une minorité est inaudible par la majorité. Même si cette croyance est erronée, elle est perçue comme une évidence, comme la vérité.

Pour ceux qui ont un peu de lucidité, remettre ouvertement en question la croyance dominante, c’est prendre le risque de s’isoler du groupe et de rompre les liens affectifs qui maintiennent sa cohésion. Seuls certains individus affectivement moins dépendants peuvent avoir ce courage. Il s’agit d’un phénomène psychosocial de l’individu subissant plus ou moins consciemment l’influence du groupe.

Lire aussi:
Influence et dissonance cognitive, comment ça marche
Le mécanisme de l’influence: les croyances collectives
et tous les articles de la catégorie Dissonance cognitive

Les Français sont-ils dans le déni de réalité ?

Les Français perçoivent très bien la réalité des marchés financiers et la menace qui pèse sur la France. Le désastre grec leur a ouvert les yeux sur l’incohérence et l’incapacité des élites tant européennes que nationales.

Aux élections présidentielles 2012, le total des voix extrémistes de gauche et de droite dépasse les 20% de la loi de Pareto et atteint 32.51 % des suffrages exprimés. C’est un signe de colère et de refus radical face à ce qui leur est présenté par les médias et les think tanks influents (financés par les banques et les assureurs) comme une réalité incontournable, alors que d’autres alternatives existent.

Y a-t-il dissonance cognitive ?

La croyance en l’Etat, croyance collectivement partagée par les Français n’est pas infirmée par la réalité. Elle est au contraire confirmée, faute d’une meilleure proposition idéologique. Ce n’est pas le discours incohérent de The Economist qui va les convaincre du contraire.

Car les problèmes que ce magazine influent aurait voulu voir aborder dans la campagne sont sans solution. Comment en effet peut-on proposer la baisse des dépenses publiques pour diminuer la dette tout en réclamant la baisse des impôts pour soi-disant relancer la croissance ? L’exemple de la Grèce ne leur a-t-il pas servi de leçon ? Ce sont des pièges rhétoriques. Les aborder revient à tomber dedans.

C’est The Economist qui est en déni de réalité !

Au lieu d’accuser les Français de déni de réalité, les journalistes de The Economist feraient bien de questionner leur propre schéma mental, qui s’avère incohérent. Après la disparition de l’idéologie communiste, l’idéologie néolibérale a perdu toute crédibilité en 2008, au moment de l’effondrement du système financier international et de son sauvetage in extremis par les Etats souverains. Certains s’accrochent à la théorie des cycles comme à une branche poussant sur une falaise.

Les défenseurs de l’idéologie néo-libérale sont incapables d’intégrer la fin de leur dogme, comme ils ont été incapables de prévoir la crise. Ils refusent de percevoir la pauvreté grandissante en détournant leur regard. Ils se tournent au contraire vers le monde des hyper riches, les 1%, qui, eux, vont très bien, merci pour eux. Ils se créent ainsi leur propre réalité.

Allez ! Encore un petit déni de réalité, encore un, pour la route….

7 commentaires

  1. Synthèse intéressante. C’est vrai que les néolibéraux sont dans le déni, mais pas parce qu’ils n’arrive pas à repousser le dogme, à mon avis. Ils veulent simplement conserver un système qui leur assure domination et richesse, voilà tout.


  2. –>>Le désastre grec leur a ouvert les yeux sur l’incohérence et l’incapacité des élites tant européennes que nationales.

    la c’est votre croyance qui parle ;-))

    –>> Comment en effet peut-on proposer la baisse des dépenses publiques pour diminuer la dette tout en réclamant la baisse des impôts pour soi-disant relancer la croissance ?

    Ou voyez vous une incoherence ?? Moins d’impot ET moins de depenses, c’est tres logique. Encore une croyance ?? ;-))


    • En imposant une austérité drastique à la Grèce, ils ont accentué la dépression.
      Vous ne pouvez pas faire baisser les impôts et les dépenses budgétaires en même temps, si non les déficits s’accroissent et la dépression s’aggrave, comme en Grèce.
      D’ailleurs les marchés financiers reconnaissent désormais que le traitement d’austérité imposé à la Grèce a été contre productif. Ils comprennent que sans croissance, on arrive à rien.
      La baisse des impôts réclamée par The Economist est impossible.


  3. Encore un excellent billet chère amie. Ça fait plaisir😉 En plus, Fernand Reynaud, c’est que du bonheur !


  4. C’est un excellent billet. En effet, la dissonance cognitive, moteur du bizutage et des sectes millénaristes, est peut-être ce qui arrive aux britanniques: Ils étaient dans un groupe qui s’est investi totalement dans le néolibéralisme et cela a coûté tellement d’efforts à tous que remettre en cause ces efforts en envisageant qu’ils n’étaient peut-être pas nécessaires est insupportable et conduit au déni. Un peu comme lorsque le disciple sectaire, après avoir passé des années à apprendre par coeur des textes sans queue ni tête, ne pourra jamais remettre en cause son gourou car cela signifierait qu’il s’est planté depuis des années.


  5. […] Dissonance cognitive et déni de réalité Communication Study / human intimacy […]



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