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Notoriété, une répartition plus équitable est-elle possible ?

24 août 2011

Andy Warhol Les marilyn
3/3 Lorsqu’une infime minorité d’artistes jouit d’une notoriété élargie et que l’immense majorité reste cantonnée dans l’anonymat, il y a concentration excessive du capital-notoriété. Quelles en sont les conséquences ?

Les conséquences macro-économiques:

Pour les artistes, la notoriété obéit à des lois qui n’ont rien à voir avec la méritocratie (voir l’article Notoriété et légitimité). Mais elle amplifie les écarts de revenus même lorsque les écarts de talents sont faibles. Donc ceux qui tirent le gros lot reçoivent des rémunérations mirobolantes (voir l’article Notoriété et influence). Les autres artistes qui ne récoltent que des miettes, sont contraints de :

  • exercer un deuxième métier alimentaire
  • quémander des subventions publiques ou des prestations sociales

Imaginons une société sans star-système

Une grande majorité gagnerait des revenus qui leur permettraient de vivre de leur art, mais sans luxe, juste de quoi se loger, se nourrir et se soigner.

Ils cesseraient d’exercer des métiers alimentaires, ce qui laisserait des places vacantes pour d’autres, et diminuerait le chômage. Quant aux prestations sociales, les artistes n’en auraient pas besoin.

Donc si le capital-notoriété était moins concentré entre les mains d’une minorité, les effets macro-économiques seraient bénéfiques. Un recensement est difficile mais il s’agit de plusieurs millions de personnes, ce qui n’est pas négligeable.

Que faudrait-il pour y arriver ?

Que faudrait-il pour les artistes puissent bénéficier d’une notoriété moyenne, mieux répartie entre eux, sans stars et sans anonymes ?

  • Il faudrait tout d’abord que les artistes soient reconnus pour les bienfaits qu’ils apportent, et pas simplement en tant qu’animateurs socio-culturels ou enseignants, mais en tant que créateurs.
  • Il faudrait un changement de mentalité, moins de conformisme, plus de curiosité et d’ouverture d’esprit.
  • Il faudrait que les gens se rendent compte que les classements et les palmarès n’ont aucun sens.
  • Il faudrait que chacun se préoccupe de ce qui est profond en lui-même, et non de ce que les autres font, pensent et aiment. Au lieu d’acheter un livre parce que c’est un best-seller, chacun se servirait de son intuition et sortirait des sentiers battus. Autrement dit chacun pourrait privilégier sa nécessité intérieure (notion chère à Kandinsky) plutôt que la nécessité extérieure. L’individu ne chercherait plus à se rassurer auprès du groupe.

C’est du rêve, de l’utopie, me direz-vous…

Un gaspillage de talent et de créativité

En économie, une concentration de capital trop excessive finit par gripper la machine économique. Pour le capital-notoriété, c’est la même chose. Une concentration trop excessive rend difficile l’émergence de nouveaux venus, cela grippe la créativité, la curiosité et l’innovation.

Cela ne fait que conforter les positions dominantes, c’est-à-dire ceux qui ont acquis un statut de référence collective. C’est non seulement injuste mais c’est un immense gaspillage de talent, de créativité et de potentiel d’innovation.

Ce star-système n’est jamais que le produit du schéma mental moutonnier de notre société. Est-il possible de le voir évoluer ? Ou est-ce une utopie ? Qu’en pensez-vous ? Personnellement, je suis convaincue que les croyances collectives peuvent évoluer. Et vous ?

PS: Solange Saint Arroman a laissé un commentaire passionnant sur cette question. Vous pouvez le lire aussi dans les commentaires ci-dessous…

Lire aussi sur cette question:
Notoriété et influence
Notoriété et légitimité

16 commentaires

  1. Excellent article. Je vous renvoie aux écrits d’Aude de Kerros qui décrit très bien ce phénomène. Là où vous innovez, c’est dans les propositions à la manière du « et si… » .

    A mon avis, il faudra un cataclysme économique pour atteindre le stade de maturité que vous décrivez. On peut toujours rêver.


  2. La Suède avait mis en place ce système (j’ignore s’il a été changé, à vérifier) : être artiste en Suède c’est-(c’était ?) créer pour la société, avoir un salaire de l’état avec les avantages sociaux normaux, les oeuvres devenant propriété de l’état en partie, c’est avoir des commandes de l’état dans tous les domaines, des expos organisées pour tous, en somme le public est juge de ce qui lui plaît et la culture devient oeuvre commune.

    Le seul bémol à ce système est le caractère fondamentalement libre et individualiste d’une grand quantité d’artistes. Nous en avons débattus longtemps lorsque nous avons vu la Suède mettre en place de dispositif, car ici nous avions la Maison des Artistes, mais cela nous semblait « petit », en revanche le côté « les oeuvres appartiennent à l’état » demandait un détachement qui révulsait beaucoup d’artistes.

    Rien n’est jamais parfait…et les utopies des uns ne sont pas celles des autres.

    J’avais proposé une alternative à ces systèmes, car à l’époque – 1996 – j’avais fait une étude avec l’ANPE sur le travail au noir dans les professions para-artistiques. Il était considérable, mais au fond, il s’agissait de survie avec des populations non prises en compte (et ça existe toujours). C’est souvent le cas des artistes ou de ceux qui ne sont pas inscrits comme artistes et qui démarrent, car en France être reconnu comme artiste peut mettre deux ou trois ans parfois du fait des contraintes administratives et de la capacité reconnue exigée. Mais bien d’autres populations sont concernées. Ce système était aussi destiné à empêcher l’exclusion, les poursuites des huissiers, les tracasseries de toutes sortes, et donc le stress et enrayer la misère. De plus c’était une réelle simplification administrative.

    Le principe était simple :
    « toute personne est libre de travailler et d’exercer une activité pour sa survie ».

    Evidemment un « cadre » devait empêcher les abus. Mais cela permettait de valoriser plusieurs talents pour une même personne.

    Il fallait – à l’époque – en premier lieu : centraliser les organismes de retraite et unifier les charges sociales (dans les pays du nord de l’Europe, il y a une seule ligne sur les feuilles de paye)
    en second : créer une carte de travail avec une mémoire qui serait donnée à toute personne au-dessus de 15 ans qui en ferait la demande (je rappelle que des jeunes font des créations qui peuvent leur permettre de se lancer dans la vie, d’autres sont déjà artistes…). Cette carte serait disponible en mairie et serait gratuite. Son N° d’enregistrement serait donc le N° officiel de la personne et si par la suite elle entre dans le rang des « grandes activités » (métiers) ce N° serait acquis.

    Fonctionnement : Faire un travail, récupérer le règlement correspondant, aller le poser à la banque ou qu’il soit directement enregistré sur la banque en ligne. Le banquier -s’il est physique – rentre la carte dans un lecteur. Le montant est comptabilisé et se cumule. Au-dessus d’un seuil dit « vital » (équation temps/ ressources/charges) un % de charges s’applique et se déduit. La somme disponible est donc nette de tout autre prélèvement. Et évidemment ceux qui atteignent ou non le seuil vital n’ont aucune charge, mais se retrouvent inscrits à des aides temporaires et complémentaires.

    Cela nécessite une unification des systèmes de base au lieu de leur démultiplication (comme aujourd’hui).
    Cela simplifie l’accès à la retraite.
    Cela autorise « les petits métiers », les activités de secours, les activités complémentaires, en somme une liberté de travail et surtout une tranquillité d’esprit.

    A l’époque le ministre Jacques Barrot l’a mis à l’essai sur trois départements. Puis, changement de gouvernement, – on efface tout et on recommence, on oublie même ce qui était prometteur – Martine Aubry arrive. Rejet du projet car elle met en place les 35h. j’explique que c’est tout à fait complémentaire… rien à faire…

    Encore et plus encore aujourd’hui, ce serait nécessaire… et on pourrait imaginer de compléter ce système pour justement casser le star-system qui pourrit tout…


    • Merci Solange pour cette contribution très intéressante !


      • Merci Bénédicte, et merci pour ce blog lui aussi très intéressant !


  3. Ce sujet était si intéressant qu’il a engendré certaines réflexions familiales.
    Force est de constater qu’internet participe à l’évolution de la notoriété.
    Prenons la situation de l’avant-internet, la plupart du temps si une femme ne s’occupait pas de son artiste de compagnon, celui-ci restait dans l’ombre. Ceux qui n’avaient pas de femme cherchaient en vain à séduire des galeristes ou se coupaient une oreille (:-))
    Pour Picasso par exemple, à chaque période de création correspond une femme différente, une « muse » mais elle ne faisait pas que cela !…

    Nous avons constaté bien souvent que la femme travaillait la notoriété de son compagnon dont elle ne profitait que par effet aléatoire pendant que lui récoltait la gloire… Mais dans le sport, c’est le cas du manager sans lequel le champion n’existerait pas, et du Kiné qui permet au champion de durer sur le plan de la résistance à l’effort et de la santé.

    Des cas où la femme construit la notoriété de l’autre pour sa gloire non partageable, il y en a des quantités. Certes elles se sont dévouées par amour, sinon, cela n’aurait plus de sens. Le manager en sport tire son épingle du jeu car au final on sait son nom, il participe aux interviews. Le kiné disparaît alors qu’il est tout aussi essentiel : pas de corps, pas de champion.

    Chez les artistes, il y a encore quelques dinosaures de ce genre, actuellement ! Et le développement d’internet ayant provoqué une accélération des choses, ils ont du constituer des équipes techniques pour accélérer le travail qui est plus complexe et par conséquent leur médiatisation.

    Certains se sont donc transformés en tyrans au mépris de toutes les règles du travail, car ils ont entamé une course contre la mort : avoir une œuvre incontournable, être reconnus dans le monde entier. Eux-seuls comptent, leur être, leur talent, la pérennité. Alors pour cet exemple, il s’agissait des « monstres sacrés » qui ont réussi et qui croient pouvoir tout se permettre. Les autres doivent tous se débrouiller avec la main qu’ils ont au bout du bras et leur clavier. Au moins la technologie vient de mettre les hommes et les femmes à égalité ! Tous ont une main, un bras, un clavier….

    Le champion a la récompense de l’argent, la notoriété de l’avoir été, des médailles, des images et vidéos.

    L’art s’est étendu aux technologies de l’image pour aller jusqu’à la 3D, il s’est étendu dans les technologies des matériaux ou de la lumière pour arriver à envahir les cités. Chaque période travaillant avec les outils et le savoir de son temps. Il est même devenu éphémère. Ce qui lui donne alors sa pérennité c’est Google, un catalogue, une vidéo sur Myspace ou Youtube, etc.
    Mais lorsqu’on compare aux innovations et inventions que font certains dans leurs entreprises, parfois cela confine à l’art et les objets ou inventions entreront dans les musées plus tard.

    Comment sont-ils récompensés ? Notoriété ? En France, non, toute création est le bien propre de l’entreprise. En Europe du Nord, cela dépend du bon vouloir du chef d’entreprise qui peut en faire un outil marketing. En Allemagne, on récompense la création en plus du salaire.

    Vu qu’aujourd’hui nous sommes entrés dans l’ère de l’immatériel et du partage, ces règles devraient être revues pour éviter les excès et que tous profitent du travail réalisé en commun.


  4. […] et les rapports de force sur le Web et ailleurs « Notoriété et influence Notoriété, une répartition plus équitable est-elle possible ? » Notoriété et légitimité 7 août […]


  5. […] l’article Légitimité, une répartition plus équitable est-elle possible ?, j’essaie de voir quelles seraient les conséquences de la disparition du […]


  6. […] Notoriété, une répartition plus équitable est-elle possible ? 3/3 Lorsqu’une infime minorité d’artistes jouit d’une notoriété élargie et que l’immense majorité reste cantonnée dans l’anonymat, il y a concentration excessive du capital-notorié… Source: benedictekibler.wordpress.com […]


  7. Est-il idiot de penser que le système n’a aucun intérêt à ce que l’état d’artiste soit confortable matériellement? Bientôt tout le monde voudrait être artiste au lieu d’aller au turbin.


    • Il est vrai qu’il y a beaucoup d’appelés et peu d’élus…
      Pour les artistes, leur travail est aussi un turbin…
      Et ils souffrent de stress comme tout le monde.
      Par ailleurs ils souffrent de ne pas être reconnus comme des « travailleurs » à part entière.


      • Le travail d’artiste est sans doute un effort et il contient sa part de souffrances, mais ce n’est pas le turbin. Il y a une vogue des hobbies créatifs (peintres du dimanche, menuisiers bricoleurs, etc) qui s’apparentent au travail d’artiste ou d’artisan. C’est bien que cette activité correspond à un effort mais aussi un plaisir certain (celui d’être créatif). Le turbin, par contre, c’est autre chose. On le choisit pas, on ne s’y exprime pas, on obéit.
        A revenu égal et à sécurité égale, tout le monde choisira l’activité artistique (indépendemment du talent de chacun). C’est comme être chômeur: si cela ne comportait pas des inconvénients financiers et de reconnaissance sociale bien peu de gens iraient au turbin. Vous ne pensez pas?
        Donc j’imagine mal que le système accepte d’offrir (car il s’agit bien d’offrir, vu que l’activité artistique ne produit pas d’énergie mais est en quelque sorte la dépense d’un surplus vital d’une société) des conditions matérielles confortables à tout un chacun désirant devenir artiste (c’est-à-dire sans faire une sélection).

        Par contre, une société faisant aller les gens au turbin pour une durée de temps très limitée puis leur permettant une activité artistique (un loisir), me semble déjà plus « réaliste » (plus cohérente serait plus exact car cela reste utopique). Autrement dit, tout le monde pourrait être artiste à condition de consacrer une partie de son temps à la production d’énergie. C’est la société sans classes telle que rêvée par Marx. Mais il n’y aurait pas de marché de l’art dans de telles conditions et pas plus d’artistes à proprement parler.


      • oui, on se dirige vers la double activité.
        Cela fait plusieurs personnes que je rencontre qui exercent un métier dit « alimentaire », électricien, plombier, alors qu’ils ont une licence d’histoire, qu’ils sont coach, écrivains, etc…
        Cette 2e activité est leur carte de visite, leur statut social et leur passion.
        La 1ere sert à payer les factures.
        On voit fleurir aussi des maisons d’hôtes couplées avec des activités d’informatique à distance par exemple….


  8. Malgré tout, les réseaux sociaux commencent d’aider à la valorisation des artistes – même en herbe »s » – et les sites comme Major ou d’autres permettent aussi une reconnaissance. Sauf que les auteurs et les musiciens sont plus en avance que les plasticiens qui traînent encore leur réputation de « maudits » derrière eux. La question que je me suis posée tient au « format », Les plasticiens font souvent des sculptures, des installations et autres formats où les matériaux sont aussi d’un entretien difficile, ou qui sont inadaptés à l’habitat conventionnel.Donc ils restent cantonnés dans des marchés collectifs (voir l’exemple de la Suède qui a en fait résolu le problème) ou de galeries/mécènes. A quand l’habitat-sculpture ?


  9. Et puis, chacun a son potentiel de création qui a été « écrasé » par la socialisation. Une société qui valoriserait ce potentiel n’aurait pas à en souffrir car cela apporterait une grande ouverture sur le monde et permettrait un grand changement dans les mentalités. L’artiste est en général un travailleur acharné et non un faignant…Je me pose beaucoup de questions lorsque je vois qu’à Shangai, les beaux-arts représentent une petite ville de chez nous tellement il y a d’élèves…
    Le problème c’est toujours la transition…



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