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Edition: du marketing à l’influence (2/2)

30 octobre 2010

influence et aveuglement collectifLes éditeurs/diffuseurs utilisent des stratégies marketing visibles de tous pour orchestrer des succès commerciaux. Lorsque les médias nous présentent un best-seller comme un phénomène collectif de génération spontanée, y a-t-il tromperie ? Ou aveuglement collectif ?

Du marketing à l’influence

Pour booster les ventes, les éditeurs américains octroient des commissions plus importantes aux libraires sur certains de leurs titres. En France, je ne sais pas si des pratiques comparables existent. Mais partout dans le monde, les éditeurs sélectionnent certains de leurs titres et concentrent leurs efforts sur ces derniers.

Tous les ingrédients d’une stratégie d’influence bien huilée

  1. Se servir des croyances collectives fortement ancrées
    Pour une partie du public, le classement des meilleures ventes semble plus neutre et plus fiable que le système des prix littéraires et des critiques. C’est le succès commercial qui légitime à leurs yeux, un écrivain. La sanction du public semble plus démocratique, plus intègre, alors que les jugements émis par les critiques littéraires sont considérés comme la reproduction de préjugés d’une certaine caste …
  2. Renforcer et conforter ces croyances par les médias
    Les journalistes, aveuglés par leurs représentations mentales, n’accordent que peu d’attention à ces pratiques marketing devenues banales. Ils qualifient les best-sellers de “phénomènes” de librairies. Quand on évoque un marketing sophistiqué, ils s’empressent de citer des exceptions, par exemple, “L’élégance du hérisson”, best-seller inattendu. Mais ils transforment une exception en généralité, ce qui ne correspond pas du tout à la réalité. Ils confortent ainsi leurs représentations mentales, en les colportant. Ils maintiennent les croyances collectives selon lesquelles le succès commercial résulte d’un libre choix du public.
  3. Autorité symbolique, notoriété et confiance
    Du simple fait qu’ils en parlent, ils amplifient les phénomènes. Parce que tout le monde veut connaître le livre dont tout le monde parle. Ce sont les médias qui font des hit-parades des autorités symboliques, qui servent de repères collectifs et rassurent le lecteur dérouté par une trop grande profusion éditoriale. Grâce à cette alliance éditeurs/médias, la confiance est renforcée.
  4. Comportement moutonnier et fabrique du conformisme
    Les gens achètent des livres parce que tout le monde en parle. Acheter un livre dont personne ne parle, c’est prendre un risque… Si vous avez détesté le dernier Goncourt, vous pourrez capter l’attention de vos amis lors d’un dîner en ville, sans paraître pour un sot. Si vous avez détesté un livre que personne ne connaît, comment en parlerez-vous ? Vous risquez de vous entendre rétorquer : « tu aurais dû te renseigner avant de l’acheter ! » Et vous voilà transformé en idiot du village pour avoir osé sortir des sentiers battus. On ne vous y reprendra plus !…
    Quant à Internet, les commentaires laissés sur les forums ne s’intéressent qu’aux best-sellers. Finalement Internet n’est-il pas autre chose qu’un média supplémentaire ?

Une stratégie d’influence réussie s’appuie sur un aveuglement collectif.

Le mécanisme de l’influence consiste à surfer sur des croyances collectives, justes ou erronées. Ce système de pensée fabrique des élites qui n’ont ni l’envie, ni la capacité de s’en extraire. Propulsées par le système, elles se gardent bien d’éclairer les masses. Quand bien même elles tenteraient de dire la vérité, elles créeraient de la dissonance cognitive et s’attireraient bien des ennuis. Il faut du courage pour aller à contre courant.

C’est gênant de le dire, mais nous sommes tous un peu responsables de cette illusion collective qui consiste à croire qu’un succès commercial résulte du libre choix du public. Cette croyance collective est si forte que peu d’entre nous s’efforcent de la contrer ou de la questionner.

Cependant il existe un moyen d’échapper à cet aveuglement collectif, mais ce n’est pas un choix facile… Flânez et suivez votre intuition… Si vous voyez des livres empilés, ou des bandeaux rouges ou bleus, fuyez ! Ce sera un peu de liberté gagnée !

Sources:
Frédéric Martel: Mainstream, Flammarion
L’interview de Bernard Werber sur le système…
L’article précédent: Prix littéraires: influence ou manipulation (1/2)

A lire aussi: tous les articles de ce blog sur le mécanisme de l’influence
Influence et confiance (1/4)
Influence et autorité (2/4)
Influence et croyances collectives (3/4)
Influence et suivisme moutonnier (4/4)
Mécanisme de l’influence, synthèse
Voir aussi:
Le marketing d’influence
Marketing d’influence: les marchés de masse et les marchés de niche

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2 commentaires

  1. […] sur le Web et ailleurs « Exposition France 1500: une époque qui nous ressemble Edition: du marketing à l’influence (2/2) » Prix littéraires: influence ou manipulation (1/2) 25 octobre […]


  2. […] aussi: Les luttes d’influence fragilisent  l’économie (marché des grands crus) Edition: du marketing à l’influence Luttes d’influence dans l’art […]



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