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L’art contemporain : luttes d’influence (2/2)

25 août 2010

Investir dans l’art contemporain,
c’est tester son pouvoir d’influence
Chronique d’une stratégie d’influence réussie : François Pinault

En 2001, François Pinault achetait pour 12 millions de Francs une sculpture monumentale de Jeff Koons (Split-Rocker). En 2008, une œuvre semblable (Balloon Flower) se vendait pour plus de 16 millions d’Euros. Jeff Koons était devenu l’artiste le plus cher de la planète.

1. Neutralisation des médias

Influence par la séductionFrançois Pinault, milliardaire, possède plusieurs sociétés multinationales du luxe et à ce titre, il fait la pluie et le beau temps sur tous les magazines de mode et sur la presse féminine (soit en tant que propriétaire, soit en tant qu’annonceur). Il est le propriétaire du Journal Le Point. Autant dire que vous ne trouverez dans ces revues aucune critique concernant les œuvres de sa collection.

2. Neutralisation des institutions publiques :

Jacques Chirac, invité au mariage du fils de François PinaultAmi personnel de Jacques Chirac, il lui est très facile d’obtenir des expositions dans les endroits prestigieux du patrimoine français et étranger. D’où ces expositions à Versailles censées donner une légitimité à ses artistes. Monsieur Aillagon, ancien directeur de collection de François Pinault avait été nommé Ministre de la Culture. Même s’il se défendait de mélanger les intérêts de François Pinault avec ceux de l’Etat français, la collusion était évidente.

3. Neutralisation de la critique

neutralisation des connaisseursMarginalisés par le déclin de l’Etat et par l’indifférence du grand public face à des discours abscons et des œuvres qui suscitent souvent la consternation, les critiques d’art et les professionnels traditionnels de ce marché ne font plus le poids, d’autant que les médias ne les soutiennent plus vraiment. Les acteurs de la médiation culturelle deviennent invisibles.

4. Les éminences grises qui le conseillent : les analystes de marché

InfluenceEn faisant l’acquisition de Christies’s, il a accès à toutes les informations sur le marché de l’art et sait utiliser les conseils avisés des experts du marché qui travaillent pour lui. Les critiques d’art traditionnels, qui autrefois prenaient la défense de certains artistes, agissaient par conviction et non par calcul. Mais leur lyrisme n’émeut pas François Pinault qui leur préfère les analystes du marché. N’oublions pas que François Pinault a débuté en spéculant sur le sucre et que son artiste préféré Jeff Koons est un ancien trader… Donc les spéculateurs préfèrent suivre un spéculateur qu’ils considèrent comme avisé, plutôt qu’un critique enflammé… C’est assez bien vu.

5. Confiance, autorité symbolique

autorité symbolique Un homme qui a du flair dans les affaires est-il forcément un visionnaire en art ? Seuls les sots le croient. Pourtant sa réussite financière lui octroie automatiquement une autorité symbolique auprès de ceux qui croient dans le marché. En utilisant l’autorité symbolique que sa fortune lui donne, il fait fructifier son patrimoine (puisque les autres spéculateurs le suivent, la cote de ses artistes augmente). Autrement dit, il s’enrichit parce qu’il est riche…

6. Soutien des cotations

soutien des cotes par le financement d'événements prestigieuxM. Pinault investit dans le Palais Grazzi à Venise pour y exposer ses collections, dans des fondations pour soutenir les artistes dits émergents. Son pouvoir d’influence est tel que ses artistes sont exposés avec complaisance dans les musées les plus prestigieux du monde.

Lorsque Monsieur François Pinault achète un gros chien géant à son artiste favori, c’est comme s’il disait au monde : « Je dis que ceci vaut x millions de dollars, et ça les vaut parce que c’est moi qui le dit ! La preuve que j’ai raison, c’est que le marché suit et que par conséquent cette œuvre va contribuer à m’enrichir encore plus… !! (grâce aux plus-values que je fais…) Et comme je serai encore plus riche qu’avant, l’autorité symbolique qui en découle va encore augmenter ! Et de toute façon, j’ai de mon côté les médias et le pouvoir politique. »

Je suis riche, donc j’ai raison !

Maintenant, nous savons que le roi est nu et que les lois du marché sont dévoyées par des investisseurs peu scrupuleux qui fabriquent des cotations. Si vous voulez savoir quelle est la valeur d’une œuvre d’art, nul besoin de vous adresser à un expert. La valeur d’une œuvre d’art est le prix qu’une personne qui fait autorité est prête à mettre pour l’acquérir… Aujourd’hui, les détenteurs du savoir n’exercent plus d’autorité symbolique. Désormais, l’autorité symbolique provient du capital économique. C’est pour moi une forme de violence symbolique oppressante.

Et l’opinion publique dans tout ça ?

art bling blingLe public est amusé ou scandalisé. Prétendre réconcilier le public avec l’art contemporain en exposant des gros lapins géants, c’est prétendre réconcilier le public avec la musique classique en lui faisant écouter une fanfare municipale ! C’est l’autorité symbolique de l’argent dans toute sa vulgarité. François Pinault défend un art monumental qui se prétend ludique alors qu’il est sans âme. Jeff Koons est bel et bien le représentant de notre époque !

Hommage aux vrais artistes

Yayoi Kusama, tout ce qui brille n'est pas bling-blingLes créations les plus spectaculaires ne sont pas forcément les plus fortes. Je tiens à rendre hommage à tous les artistes qui m’ont tant apporté. Ils ont aiguisé ma sensibilité, ont modifié mon regard sur le monde et sur moi-même, leur créativité est et restera pour moi une source inépuisable de bonheur.

Martin Barré, Jean Degottex, Jean Dubuffet, Maurice Esteve, Bernard Frize, Andrea Gursky, Bertrand Lavier, André Masson, Pietr Mondrian, Roman Opalka, Parmiggiani, Gehrard Richter, Mark Rothko, James Turell, Cy Twombly, et bien sûr… Kandinsky ! Et tant d’autres !…

Devenir le Pierre-Marie Banier à sa mémère !

Si je rencontrais un jeune artiste, voici les conseils que je lui donnerais: « plutôt que d’acquérir une culture artistique, deviens un courtisan. Prends modèle sur Pierre-Marie Banier! Trouve-toi un riche, fréquente les cocktails où il faut être. Au lieu de lire les théories sur l’art, au lieu de te concentrer sur ta création tout seul dans ton atelier, lis les magazines people. Et lorsque tu rencontreras un riche, surtout dis-lui bien à quel point il est beau, intelligent et visionnaire… »

A lire aussi:
Un article à la gloire de François Pinault, entrepreneur visionnaire et passionné, à lire au 2e degré…
Un article très intéressant qui explique comment la cote d’un artiste a été gonflée de toute pièce par Saatchi dans les années 90, écrit par Jean Luc Chalumeau.
Un autre article très intéressant qui compare la stratégie de François Pinault et de Bernard Arnaud
L’art contemporain: luttes d’influence (1/2)

4 commentaires

  1. Comme vous l’indiquer très justement dans votre article, il n’existe pas aujourd’hui en France de journal et revues d’art contemporain indépendant et par extension sur l’architecture. Il n’y a eu que des échecs malheureusement. Le dernier en date est celui de de la nouvelle mouture de « Cimaise ». La critique objective des oeuvres pourrait-elle mettre à mal la valeur de beaucoup de collections de richissimes prétenduement éclairés. Le modèle économique d’un site web du type owni.fr qui ne tire aucun revenu de la pub ou d’un abonnement est-il le chemin à prendre ? Je le crois.


    • Oui ! Moi aussi je crois en ce type d’initiatives. Un seul site web indépendant ne peut pas avoir beaucoup de poids face à des capitaux énormes. Mais des milliers de sites web de ce genre peuvent avoir un impact décisif. Il y a actuellement une véritable prise de conscience qui s’amplifie et s’exprime sur le Web ! Cela me donne confiance !


  2. Je trouve que vous avez bien analysé en condensé ce monde de l’Art Marchand. C’est un triste constat, désolante. Quand on est artiste dans l’âme, on sent ça tout de suite ce que vous analysez ce phénomène dans l’art contemporain. Certains types d’art contemporain sont devenus des objets de spéculations financières comme les investissements dans l’immobilier ou dans les actions de la bourse. Mais, tout en sachant ce phénomène de l’aliénation de l’art, il faut créer quelque cose de soi ou de ce qu’on veut vraiment donner un méssage au monde sans espérer avoir des résultats économiques et prendre le pieds de ce que l’on fait. C’est déjà un grand pas vers la réalisation de soi.



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