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La violence symbolique, qu’est-ce que c’est ?

17 août 2010

La violence symbolique est une domination sociale

C’est un processus de soumission par lequel les dominés perçoivent la hiérarchie sociale comme légitime et naturelle. Les dominés intègrent la vision que les dominants ont du monde. Ce qui les conduit à se faire d’eux-mêmes une représentation négative. La violence symbolique est source chez les dominés d’un sentiment d’infériorité ou d’insignifiance.

  • Les dominants assignent aux dominés un statut d’infériorité.
  • Ce statut engendre des situations dévalorisantes pour les dominés
  • Les dominés éprouvent un sentiment d’infériorité ou d’insignifiance
  • – ils sont soit invisibles (ils exercent des métiers auxquels peu de gens prêtent attention par exemple)
    – soit stigmatisés. (Bourdieu les qualifient d’êtres perçus, alors que les dominants sont ceux qui perçoivent…)

  • Ces réalités sociales confirment les représentations mentales
    que les dominants se font des dominés
  • Si bien que la hiérarchie sociale apparaît « logique » aux yeux de tous.

Les dominants ont le pouvoir d’imposer leur propre vision comme objective et collective. Si bien que les dominés ne disposent pas d’autres modes de pensée que celui des dominants ; ils ne peuvent donc pas échapper à la violence symbolique. Tout se fait de façon implicite et non consciente. Cela rend toute contestation ou toute révolte extrêmement difficile.

La violence symbolique, influence ou manipulation ?

La violence symbolique n’est ni un processus d’influence, ni une vaste manipulation. C’est une croyance collective qui permet de maintenir les hiérarchies. Elle a pour effet la soumission des dominés sans que les dominants aient besoin d’avoir recours à la force.
La violence symbolique consacre l’ordre établi comme légitime. Elle dissimule de ce fait, les rapports de force qui sous-tendent la hiérarchie sociale. Elle sert à pacifier les relations au sein de la structure sociale.

Finalement, la violence symbolique, ça a du bon ou pas ?

Un monde sans violence symbolique est un monde où les rapports de force sont visibles et donc brutaux : soit c’est la guerre civile, soit c’est la dictature. Dans le monde de l’entreprise, c’est la culture d’entreprise qui fait office de violence symbolique. Et lorsqu’elle n’est pas assez forte pour donner une légitimité au « leadership » des managers, c’est à ce moment-là que les conflits ouverts et parfois violents font leur apparition. Lorsque le patron tape du poing sur la table et dit : « c’est moi qui commande ! », il a déjà tout perdu….

La théorie générale de la violence symbolique a été développée à partir des années 70 par Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron.
A lire absolument : La domination masculine aux Editions du Seuil
Un exemple de violence symbolique:
Le rêve américain, dissonance cognitive et violence symbolique

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26 commentaires

  1. […] sur les luttes d'influence et les rapports de force sur le Web et ailleurs « La violence symbolique, qu’est-ce que c’est ? L’art contemporain : luttes d’influence (1/2) » Le rêve américain, […]


  2. Je me suis laissé aller à un petit article sur le rapport entre le tableau de la pipe de Magritte et la violence symbolique qui entre en résonance avec votre article.

    « Un monde sans violence symbolique est un monde où les rapports de force sont visibles et donc brutaux ».
    En êtes-vous certaine? La violence symbolique permet l’abus de pouvoir. Le pouvoir sans abus de pouvoir autour de règles consentie limitant le pouvoir à la nécessité fonctionnelle est-il hors de notre portée? C’est une interrogation que j’ai autour de la sociocratie d’Endenburg.


    • La violence symbolique est une croyance collective qui profite aux dominants.
      Pour moi tout pouvoir est issu d’un rapport de force.
      En fait je ne sais pas ce qu’est un abus de pouvoir, à bien y réfléchir…


      • Si on considère un cadre fonctionnel, comme peut l’être l’entreprise, le pouvoir, c’est celui de décider des actions collectives, soit pour l’ensemble du groupe, soit pour des sous-groupes. L’abus de pouvoir, c’est de profiter de cette position de domination pour asservir ses collaborateurs au-delà de ce que la fonction de l’entreprise le nécessite. Par exemple, demander de faire le café à un subalterne alors que cette tâche n’a rien à voir avec les nécessités fonctionnelles du groupe.


      • Merci pour cet exemple concret.
        Tout est une question de perception de la situation et donc de la croyance collective qui règne au sein de cette entreprise.
        Le service demandé (par exemple, faire un café) peut être perçu comme légitime par le subalterne.
        Celui-ci peut en effet considérer que faire un café est indispensable à la performance du patron et donc de l’entreprise, étant entendu que selon ses croyances, le patron est un dieu vivant et que les performances de l’entreprise dépendent des performances du patron en question…
        La notion d’abus de pouvoir est donc un ressenti.

        Pour moi le pouvoir n’est pas forcément affirmé en tant que tel. Certains rapports de force s’opèrent sans que personne n’en ait conscience. Je parle de pouvoir informel. Parfois, pour reprendre votre exemple de l’entreprise, des sans grades peuvent avoir plus de pouvoir que le patron. Ils peuvent soit:
        exercer ce pouvoir informel sans en avoir conscience
        soit l’exercer en le sachant pertinemment tout en sauvegardant des apparences qui leur sont utiles…

        Je fais la distinction entre pouvoir formel et pouvoir informel.
        Le pouvoir formel est le pouvoir incarné (par une personne) dont le rôle est de correspondre aux représentations que la communauté se fait du pouvoir.
        Autrement dit, bien souvent, un homme politique n’a de vrai pouvoir que parce qu’il incarne l’idée que la population se fait du pouvoir.
        Mais en coulisses, d’autres forces sont à l’oeuvre…
        Attention, ce que je dis n’a rien à voir avec une quelconque conspiration ou théorie du complot….


      • Vu comme ça, en effet, la notion d’abus de pouvoir disparaît, c’est rigoureux. Mais c’est bien dommage pour deux raisons: 1)vous utilisez un sens particulier à pouvoir 2)vous vous privez d’un des outils de communication ordinaire avec ceux qui luttent contre des dominations qui sont plus que contestables (genre domination masculine).

        Dans mon entreprise, un certain nombre de secrétaires qui font le café, le font sans broncher mais n’en pensent pas moins. Question en effet de rapports de forces où le chômage est un facteur lourd.


      • Je vous rejoins sur un point: il faudra en effet que j’explore avec plus de profondeur la différence entre domination et pouvoir.

        Je crois par ailleurs que ceux qui luttent contre des dominations non légitimes et contestables n’utilisent justement pas les bons outils de communication. Et c’est la raison pour laquelle leur lutte progresse trop lentement. Car il ne suffit pas d’une prise de conscience généralisée et d’un consensus pour que les choses changent… C’est pourquoi je m’intéresse de plus en plus aux forces qui sont à l’oeuvre de façon non consciente.

        Pour reprendre l’exemple des secrétaires de votre entreprise, il y a bien domination mais pas symbolique. C’est une domination à l’état brut et chacun reste lucide. Il y a donc moins d’aliénation mais c’est plus difficile à vivre.


  3. Entièrement d’accord avec ce texte


  4. Je partage sur facebook


  5. La fonction publique est non seulement une violence symbolique organisée mais souvent tordue . Les règles instaurées par les dirigeants ne sont pas respectées par les exécutants car trop de libertées leurs sont accordées. Pour reprendre l’exemple du café, dans mon service celle qui le fait se prend pour la matriarche et s’octroie le pouvoir d’installer toute sa cuisine à l’accueil public ! Se donnant ainsi un rôle important qu’elle ne possède pas professionnellement.


  6. Un bon petit résumé sur la violence symbolique, merci Bénédicte !


  7. quel est la source de votre article SVP?


    • Bonjour,
      La source de cet article est l’ouvrage de Pierre Bourdieu, comme indiqué ci-dessus : La domination masculine.
      Cet ouvrage montre comment la violence symbolique s’exerce sur les femmes.


  8. Votre article est un résumé court mais extrêmement bien mené de ce qu’est la violence symbolique ! Merci à vous. Parce qu’il est clair que la prose de Bourdieu est souvent difficile d’accès, même aux habitués des concepts sociologiques.


    • Merci. Il est vrai que lire Bourdieu demande un effort, mais c’est passionnant !


  9. […] Pour légitimer la violence physique des bourreaux, il faut commencer par accuser « la violence symbolique » et « oppressante » des victimes. Soit la barbarie qui considère, in fine, le meurtre comme […]


  10. « C’est un processus de soumission par lequel les dominés perçoivent la hiérarchie sociale comme légitime et naturelle. »

    Êtes-vous certaine de cela ?

    Bourdieu nous dit dans le préambule de « La domination » que:

    « la violence symbolique, violence douce, insensible, invisible pour ses victimes mêmes »

    Les dominés perçoivent-ils vraiment la violence symbolique ?


  11. […] compléter, je reprends ces phrases de ce blog […]


  12. « Un monde sans violence symbolique est un monde où les rapports de force sont visibles et donc brutaux »
    Cette affirmation n’autorise que deux manifestations du possible : i) un monde ou la violence symbolique sévit, ou ii) un monde brutal.
    N’y existe-t-il pas des alternatives ?
    Par exemple, si on considère le champ de l’entreprise. Une structure d’entreprise radicalement différente ne vient-elle pas rendre caduque à la fois la brutalité ouverte et la violence symbolique ? Par exemple, si l’on considère une entreprise coopérative donnée : si la vie associative y est soutenue par l’éducation à la prévention/résolution des conflits et si les structures institutionnelles y orientent l’action des agents vers l’atteinte des idéaux de ‘séparation des pouvoirs’ et de ‘respect du point de vue minoritaire’, etc., ne peut-on pas espérer de bien meilleurs dénouements, à savoir, peu ou pas de brutalité ni de violence symbolique ?


    • oui, c’est très intéressant.
      J’observe la façon dont vous vous exprimez : vous utilisez le mode passif.

      « si la vie associative y est soutenue par l’éducation à la prévention/résolution des conflits et si les structures institutionnelles y orientent l’action des agents vers l’atteinte des idéaux de ‘séparation des pouvoirs’ et de ‘respect du point de vue minoritaire’, etc., ne peut-on pas espérer de bien meilleurs dénouements, à savoir, peu ou pas de brutalité ni de violence symbolique ? »

      Je reprends les termes de votre réflexion et je me pose les questions suivantes : qui serait la personne qui se chargerait d’inciter la structure institutionnelle à orienter l’action des agents dans une certaine direction où l’idéal d’absence de domination serait atteint ?
      A partir du moment où les intérêts des uns contreviennent à ceux des autres, qui détermine ce qui relève de l’intérêt général ? Là est toute la question. Et ceux qui le déterminent exercent une forme de pouvoir, ce qui peut les conduire à faire partie des dominants… Oui même au sein d’une coopérative, où tous adhèrent à un idéal de respect.

      La solution pourrait exister dans une éducation généralisée à tous, concernant les techniques de prévention et de résolution des conflits. Mais lorsque les intérêts divergent, même si les choses sont dites ouvertement et rationnellement, le conflit ne peut être résolu. Il est simplement rationalisé, conscientisé… Mais il ne disparaît pas.


  13. La violence symbolique est un état psychique renvoie à cette croyance collective entre dominants (complexe de supériorité)et dominés( celui d’infériorité) (et là je cite simplement comme exemple la lutte des classes de Marx, entre prolitaires et détenteurs des capitaux.) Et en seconde position la consécration de colonialisme de l’idée de la heirarchie. Et juste pour finir pour ce qu’est de ma spécialité (formation supérieure) je dirai que cette violence dans le milieu professionnel qu’est l’entreprise se prête à la culture du dit lieux, alors cette fois-ci ci je donnerai l’exemple du marché dans sa phase de dérégulation ; religuer certaines personnes demandeurs d’emploi à un second plan ou seconde zone d’importances et d’intérêt fait naître un ressentiment de désespoir et de repoussement, d’inutilité…Etc cela peut s’être pris comme l’esprit clanique ( clanisme) et tribalisme et clienetisme comme des éléments favorisant la corruption qu’est une forme politico- administrée de ladite violence. Merci de m’avoir lu j’attendrai vos enrichissements .



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