
Traditionnellement le softpower se développe ultérieurement à la montée en puissance dont il est la résultante. Le Qatar, quant à lui, a d’abord développé son bras armé médiatique Al-Jazeera, pour ensuite l’utiliser à des fins géopolitiques. C’est une stratégie d’influence très innovante. Voici pourquoi :
Al-Jazeera, à la pointe de l’influence dans le monde entier
- Un rôle déterminant lors des révolutions arabes :
L’influence se mesure difficilement mais il est indéniable qu’Al-Jazeera a eu un fort impact psychologique partout où elle est diffusée.
En relayant les révoltes, elle leur a donné plus d’ampleur. Les populations sont devenues les spectatrices de leur combat héroïque et de leur souffrance. Leur détermination s’en est trouvée renforcée. - La télévision de demain :
Al-Jazeera tire parti des réseaux sociaux, à la fois comme source de contenu et comme moyen de promotion. Elle a fait appel à un nouveau type de journalisme, le journalisme citoyen, demandant à son public de poster via les réseaux sociaux toutes les photos et vidéos des évènements. Les réseaux sociaux ne représentent plus, pour la télévision, une alternative concurrente, mais un atout supplémentaire pour augmenter l’audience. - Extension de son influence au monde entier :
2006, création d’Al-Jazeera en langue anglaise, au ton modéré. Depuis 2011, Al-Jazeera Balkans, basée à Sarajevo, diffuse des informations en serbo-croate à destination des Serbes, Croates, Monténégrins et Kosovars. Dans les prochains mois, une diffusion en langue swahili à destination de l’Afrique de l’Est est prévue.
En France, Al-Jazeera-Sports a acquis la presque totalité des droits de télévision pour la Champions League, ce qui fragilise le modèle économique de la chaîne française Canal+ et par ricochet, le financement du cinéma français – qui joue aussi un rôle important dans le rayonnement de la France.
Quand l’influence s’avère être une vaste manipulation….
Pendant la guerre en Lybie, le masque est tombé. 5000 commandos de forces spéciales qataries sont intervenus. Ce n’est donc pas un simple soutien logistique aux rebelles, mais bien une intervention armée.
On sait désormais que pendant qu’Al-Jazeera encourageait les révoltes arabes, le Qatar finançait les partis islamistes. Il s’est servi d’Al-Jazeera pour déstabiliser des régimes qui ne servaient pas ses intérêts.
Le Qatar réussit un tour de force: il contribue au renversement de potentats, il favorise la montée en puissance des islamistes sans se brouiller avec les Occidentaux. Le Qatar est devenu une puissance au sens propre du terme.
Des enjeux géopolitiques plus globaux
Dans un contexte de rivalité Iran / Arabie Saoudite et USA / Chine, le Qatar cherche à déstabiliser la Syrie pour affaiblir l’Iran, tout en soutenant le régime du Bahreïn. En Lybie, le Qatar a fourni des armes aux rebelles anti-Kadhafi en privilégiant les groupes islamistes, ce qui a provoqué la déstabilisation de tout le Sahara jusqu’au Mali.
Son but est de wahhabiser les consciences dans le monde musulman : du Moyen-Orient à l’Afrique de l’Est, en passant par le Kosovo, et aussi par la France. Il s’agit pour la péninsule arabique de conserver et renforcer la légitimité et l’autorité symbolique dont les Saoudiens jouissent en tant que gardiens des lieux saints. Cette légitimité, l’Ayatollah Khomeiny, en quête d’hégémonie sur le monde musulman, l’avait contestée ouvertement en 1979.
Même si la ligne d’Al-Jazeera n’est pas islamiste, cette chaine de télévision a toute sa place dans un dispositif alliant puissance armée, soutien économique et présence médiatique, pour conquérir les esprits.
Dans la course à l’influence, les USA et Israël ont brûlé toutes leurs cartouches. Les exactions qu’ils ont commises tout au long de la décennie (Irak, Afghanistan, Gaza…) ont anéanti toute possibilité de légitimation.
Il reste l’Europe. En proie à une crise économique sans précédent, elle semble avoir abandonné la partie. D’autres puissances telles que la Russie, la Chine, l’Iran et la Turquie peuvent montrer quelques velléités. Mais leur soft power inexistant est un gros handicap…
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Les médias sociaux et le Web comme outil d’influence pour Al-Jazeera



