h1

L’influence du Qatar

19 mai 2012

Plateau de la chaîne de télévision Al-Jazeera très influente
Traditionnellement le softpower se développe ultérieurement à la montée en puissance dont il est la résultante. Le Qatar, quant à lui, a d’abord développé son bras armé médiatique Al-Jazeera, pour ensuite l’utiliser à des fins géopolitiques. C’est une stratégie d’influence très innovante. Voici pourquoi :

Al-Jazeera, à la pointe de l’influence dans le monde entier

  • Un rôle déterminant lors des révolutions arabes :
    L’influence se mesure difficilement mais il est indéniable qu’Al-Jazeera a eu un fort impact psychologique partout où elle est diffusée.
    En relayant les révoltes, elle leur a donné plus d’ampleur. Les populations sont devenues les spectatrices de leur combat héroïque et de leur souffrance. Leur détermination s’en est trouvée renforcée.
  • La télévision de demain :
    Al-Jazeera tire parti des réseaux sociaux, à la fois comme source de contenu et comme moyen de promotion. Elle a fait appel à un nouveau type de journalisme, le journalisme citoyen, demandant à son public de poster via les réseaux sociaux toutes les photos et vidéos des évènements. Les réseaux sociaux ne représentent plus, pour la télévision, une alternative concurrente, mais un atout supplémentaire pour augmenter l’audience.
  • Extension de son influence au monde entier :
    2006, création d’Al-Jazeera en langue anglaise, au ton modéré. Depuis 2011, Al-Jazeera Balkans, basée à Sarajevo, diffuse des informations en serbo-croate à destination des Serbes, Croates, Monténégrins et Kosovars. Dans les prochains mois, une diffusion en langue swahili à destination de l’Afrique de l’Est est prévue.
    En France, Al-Jazeera-Sports a acquis la presque totalité des droits de télévision pour la Champions League, ce qui fragilise le modèle économique de la chaîne française Canal+ et par ricochet, le financement du cinéma français – qui joue aussi un rôle important dans le rayonnement de la France.

Quand l’influence s’avère être une vaste manipulation….

Pendant la guerre en Lybie, le masque est tombé. 5000 commandos de forces spéciales qataries sont intervenus. Ce n’est donc pas un simple soutien logistique aux rebelles, mais bien une intervention armée.

On sait désormais que pendant qu’Al-Jazeera encourageait les révoltes arabes, le Qatar finançait les partis islamistes. Il s’est servi d’Al-Jazeera pour déstabiliser des régimes qui ne servaient pas ses intérêts.

Le Qatar réussit un tour de force: il contribue au renversement de potentats, il favorise la montée en puissance des islamistes sans se brouiller avec les Occidentaux. Le Qatar est devenu une puissance au sens propre du terme.

Des enjeux géopolitiques plus globaux

Dans un contexte de rivalité Iran / Arabie Saoudite et USA / Chine, le Qatar cherche à déstabiliser la Syrie pour affaiblir l’Iran, tout en soutenant le régime du Bahreïn. En Lybie, le Qatar a fourni des armes aux rebelles anti-Kadhafi en privilégiant les groupes islamistes, ce qui a provoqué la déstabilisation de tout le Sahara jusqu’au Mali.

Son but est de wahhabiser les consciences dans le monde musulman : du Moyen-Orient à l’Afrique de l’Est, en passant par le Kosovo, et aussi par la France. Il s’agit pour la péninsule arabique de conserver et renforcer la légitimité et l’autorité symbolique dont les Saoudiens jouissent en tant que gardiens des lieux saints. Cette légitimité, l’Ayatollah Khomeiny, en quête d’hégémonie sur le monde musulman, l’avait contestée ouvertement en 1979.

Même si la ligne d’Al-Jazeera n’est pas islamiste, cette chaine de télévision a toute sa place dans un dispositif alliant puissance armée, soutien économique et présence médiatique, pour conquérir les esprits.

Dans la course à l’influence, les USA et Israël ont brûlé toutes leurs cartouches. Les exactions qu’ils ont commises tout au long de la décennie (Irak, Afghanistan, Gaza…) ont anéanti toute possibilité de légitimation.

Il reste l’Europe. En proie à une crise économique sans précédent, elle semble avoir abandonné la partie. D’autres puissances telles que la Russie, la Chine, l’Iran et la Turquie peuvent montrer quelques velléités. Mais leur soft power inexistant est un gros handicap…

Lire aussi: La course mondiale à l’influence
Les médias sociaux et le Web comme outil d’influence pour Al-Jazeera

h1

Dissonance cognitive et déni de réalité

26 avril 2012

Récemment le magazine « The Economist » reprochait à la France son déni de réalité. Le débat politique français n’accordait pas suffisamment de place, selon eux, à la question de la dette publique, de la compétitivité et de la croissance économique.

Le déni de réalité, qu’est-ce que c’est ?

Voici un exemple hilarant de déni de réalité : le sketch d’Elie & Dieudonné

Le déni de réalité, dans l’acception psychanalytique du terme, est le refus ou l’incapacité de percevoir un fait. Cela donne lieu à des réactions inadaptées, délirantes ou hallucinatoires. On fait comme si cette réalité n’existait pas. Monsieur Piche (Elie Semoun) ne peut tout simplement pas intégrer la mort de sa femme. Celui qui est dans le déni ne peut subir aucune influence de la part de qui que ce soit.

La dissonance cognitive

Elle relève du comportement psychosocial, non de la pathologie. C’est un inconfort psychologique ressenti lorsque la réalité n’est pas conforme à ses croyances. Il y a bien une perception de cette réalité, contrairement au déni de réalité. Mais cette perception est modifiée par les croyances.

Dans un groupe ou une communauté, les croyances collectives influencent les individus et leur perception du réel. La remise en question de la croyance dominante par une minorité est inaudible par la majorité. Même si cette croyance est erronée, elle est perçue comme une évidence, comme la vérité.

Pour ceux qui ont un peu de lucidité, remettre ouvertement en question la croyance dominante, c’est prendre le risque de s’isoler du groupe et de rompre les liens affectifs qui maintiennent sa cohésion. Seuls certains individus affectivement moins dépendants peuvent avoir ce courage. Il s’agit d’un phénomène psychosocial de l’individu subissant plus ou moins consciemment l’influence du groupe.

Lire aussi:
Influence et dissonance cognitive, comment ça marche
Le mécanisme de l’influence: les croyances collectives
et tous les articles de la catégorie Dissonance cognitive

Les Français sont-ils dans le déni de réalité ?

Les Français perçoivent très bien la réalité des marchés financiers et la menace qui pèse sur la France. Le désastre grec leur a ouvert les yeux sur l’incohérence et l’incapacité des élites tant européennes que nationales.

Aux élections présidentielles 2012, le total des voix extrémistes de gauche et de droite dépasse les 20% de la loi de Pareto et atteint 32.51 % des suffrages exprimés. C’est un signe de colère et de refus radical face à ce qui leur est présenté par les médias et les think tanks influents (financés par les banques et les assureurs) comme une réalité incontournable, alors que d’autres alternatives existent.

Y a-t-il dissonance cognitive ?

La croyance en l’Etat, croyance collectivement partagée par les Français n’est pas infirmée par la réalité. Elle est au contraire confirmée, faute d’une meilleure proposition idéologique. Ce n’est pas le discours incohérent de The Economist qui va les convaincre du contraire.

Car les problèmes que ce magazine influent aurait voulu voir aborder dans la campagne sont sans solution. Comment en effet peut-on proposer la baisse des dépenses publiques pour diminuer la dette tout en réclamant la baisse des impôts pour soi-disant relancer la croissance ? L’exemple de la Grèce ne leur a-t-il pas servi de leçon ? Ce sont des pièges rhétoriques. Les aborder revient à tomber dedans.

C’est The Economist qui est en déni de réalité !

Au lieu d’accuser les Français de déni de réalité, les journalistes de The Economist feraient bien de questionner leur propre schéma mental, qui s’avère incohérent. Après la disparition de l’idéologie communiste, l’idéologie néolibérale a perdu toute crédibilité en 2008, au moment de l’effondrement du système financier international et de son sauvetage in extremis par les Etats souverains. Certains s’accrochent à la théorie des cycles comme à une branche poussant sur une falaise.

Les défenseurs de l’idéologie néo-libérale sont incapables d’intégrer la fin de leur dogme, comme ils ont été incapables de prévoir la crise. Ils refusent de percevoir la pauvreté grandissante en détournant leur regard. Ils se tournent au contraire vers le monde des hyper riches, les 1%, qui, eux, vont très bien, merci pour eux. Ils se créent ainsi leur propre réalité.

Allez ! Encore un petit déni de réalité, encore un, pour la route….

h1

L’influence des think tanks

11 avril 2012

une vision tronquée du monde par les think tanks inlfuents
Les think tanks sont des laboratoires d’idées. Considérés comme des sources d’expertise fiable et sans esprit partisan, ils sont les instruments d’une stratégie subtile de communication d’influence.

Une influence réussie sur le monde politico-médiatique

Tous les élément-clés de l’influence y sont : l’autorité, la confiance et la notoriété. Les politiciens les citent très souvent en référence pour donner de la légitimité à leurs propos. Les médias aussi. Ils font référence. Les partis politiques sont très réceptifs à leurs idées.

Roger Lenglet et Olivier Vilain, auteurs de « Un pouvoir sous influence », prennent comme critère d’influence, le nombre de fois où les think tanks sont cités par les Parlementaires et dans les médias: les plus influents en France seraient Terra Nova, l’Institut Montaigne et l’AFEP.

Une fausse expertise qui se fait passer pour une vraie

Ils sont financés par des multinationales. Comme on ne mord pas la main qui nous nourrit, ils ne peuvent pas produire des études vraiment indépendantes.

D’après Roger Lenglet et Olivier Vilain, leurs analyses sont superficielles et médiocres. Les membres des think tanks sont tous issus de formations prestigieuses: professeurs des Universités, enseignants des Grandes Ecoles, chercheurs… Les sujets abordés sont d’une telle complexité que très peu de journalistes vérifient la qualité de leurs analyses (par manque de temps, ou par révérence).

La fabrique des faux clivages, des fausses évidences et des tabous

Les thèses défendues par de véritables experts qui ont prouvé leur clairvoyance ne font l’objet de débats que sur le Web et sont tout simplement passées sous silence par les think tanks les plus influents.

Bizarrement tous les think tanks dits influents, qu’ils soient de droite ou de gauche, considèrent la nécessité de diminuer les dépenses publiques comme une évidence indiscutable. Ils rejettent tous l’idée d’un protectionnisme, l’assimilant à de l’isolationnisme. Quant à l’interdiction de certains produits financiers spéculatifs et dangereux, cette idée-là est tout simplement un tabou…

On ne s’en étonnera pas quand on sait que 40% de leur financement provient des banques et des assureurs… Le reste des financements provient d’autres multinationales qui ont largement profité de la mondialisation…

Nous avons là le parfait exemple d’une stratégie subtile d’encadrement de l’opinion en vue de protéger des intérêts particuliers. Cependant cette stratégie a ses limites…

Les limites de leur influence

A quoi sert-il d’influencer des médias qui n’ont plus de prise sur la population ?

Les médias grand public ne reflètent plus l’opinion publique. On le sait depuis le référendum de 2005. Alors que les grands médias étaient unanimement favorables au nouveau Traité, 54% des Français ont voté contre.

Malgré leur omniprésence dans les médias dominants, la vision du monde qu’ils s’efforcent de faire adopter, ne rencontre pas l’adhésion de la population française. Leur action est-elle trop récente pour porter ses fruits ? Ou s’agit-il d’une résistance plus profonde ?

Quand l’influence se heurte à la réalité

L’influence ne modifie pas la perception du réel. Elle peut amener un groupe à accepter cette réalité, à s’y conformer, s’y adapter ou à s’y résigner. Autrement dit, la population sent confusément qu’un faux choix électoral lui est proposé.

La réussite de cette stratégie est d’insuffler dans l’esprit de la population un sentiment d’impuissance, de peur et/ou de résignation. Mais parfois des soubresauts de colère peuvent éclater… de manière totalement imprévisible, et faire exploser toutes les peurs et les inhibitions.

A lire aussi cet article très complet:
L’influence des think tanks
“Un pouvoir sous influence” de Roger Lenglet et Olivier Vilain, Editions Armand Colin
Et aussi: Think Tank et influence de François Bernard Huyghe

Suivre

Get every new post delivered to your Inbox.

Joignez-vous à 57 followers